Archives mensuelles : avril 2014

A night at the Opera – Salle

Au théâtre

Ne demandez pas non plus pourquoi le beau ténor n’enfile pas la soprano qui chante tout le temps comme si elle mouillait. Cela ne se fait guère sur la scène.


 Tu y es arrivé. Tu as réussi à me faire accepter de t’accompagner à un opéra. Avec l’apparat complet : costume, nœud papillon, … Le métalleux en moi se sentait comme un traître. Les concerts pour moi, c’est la foule, debout, sueur, tête qui bouge, bras en l’air, … Tu m’as même interdit de porter mes Docs. Un nouvel apprentissage de la marche s’ouvrait à moi …

Toi tu respirais la beauté et la classe dans cette petite robe rouge. En plus de la combustion de mon ego, je sentais le poids du mal-être sur mes épaules. Contrastes trop élevés. Mais tu tenais à me rassurer : ”Tu vas voir, tu vas a-do-rer”.

J’aime la musique classique. Mais l’opéra est pour moi un mur infranchissable. Ces voix à la pureté extrême. Alors que je chavire au moindre grain de la voix d’une femme qui chante.

Tu me tenais fermement le bras à l’entrée de l’Opéra, par peur que j’essaie de m’enfuir peut-être. On ne sait jamais, j’aurais pu tenter de rejoindre les roadies dans les coulisses pour écluser deux-trois boissons houblonnées. Mais non, il n’y a pas non plus de roadies à l’opéra…

Nous rejoignons nos places, au bout de rang. Tu me demandes de rester du côté couloir. D’accord, je ne prétexterai pas une envie naturelle pour pouvoir rallonger la durée de l’entracte…. Les lumières se baissent, les violons terminent leur chaotique accordage. Allons-y.

Tu m’expliques rapidement l’histoire du premier acte. Les premières notes commencent à flotter dans l’air, je les respire. Elles sont agréables, comme ton parfum et la douceur de tes cuisses. Arrive alors la cantatrice. Robe longue, cheveux blonds en chignon. Des frissons de peur me parcourent l’échine, je redoute les premières notes et retiens ma respiration. Tu serres ma main plus fortement pour que je ne sombre pas. La poitrine de la cantatrice se gonfle, les traits de sa gorge se dessinent plus clairement.

Attrapé par le courant.

Emporté par le flux.

Relâché, libéré et enivré.

Sa voix a coupé toutes mes attaches en ce monde. Je ne suis plus sur la terre ferme, je suis une molécule composant l’atmosphère. Mouvement brownien dans ma tête.

Dans cet état, le plaisir du contact de ta peau n’en est que décuplé. Ton index glisse sur le dos de ma main, je suis ton instrument. Entre alors le ténor. Je sens tes cuisses trembler aux premières paroles. Tremblées puis serrées, contractées et relâchées. Je ne suis plus le seul à entrer en résonance avec les tympans.

Ta main se crispe. Je décide de reprendre le contrôle du chevalet, de devenir ton musicien, en me rapprochant du bas de ta robe. Ta poitrine se gonfle alors, telle la cantatrice qui revient sur la scène.

Tu reprends le contrôle. Je me laisse envahir par le chant et le contact de ta main sur mon entre-jambe. Le denim est un tissu épais, grossier, au toucher sauvage. Celui du costume est subtil, léger. L’apprentissage des instruments à cordes frottées, c’est en premier lieu l’apprentissage de l’archet. Trop ou pas assez fort, et rien de bon ne sort. Tu as déjà passé cette étape, je peux l’assurer. Les fibres du textile fait vibrer le chevalet, mon cerveau se chargeant d’amplifier la partition. Le toucher et l’audition comme vecteurs de plaisirs, le fantasme du musicien.

Mais les cordes reprennent le dessus. Tu t’approches de mes oreilles et me susurres :

“D’autres cordes ont besoin de vibrer”.

Tu diriges ma main bien au-delà de la ligne de front. Je sens ta toison flamboyante s’affoler au contact de mes doigts. Aucun tissu n’entrave mon avancée, tu avais tout prévu.

Lentissimo. La descente. L’ouverture te fait tressaillir. Les préliminaires du ténor t’avaient déjà submergée de désir. Je tombe alors dans ton embuscade. Voici la corde avec laquelle je devais jouer.

Moderato. Le majeur placé dans la boucle, je décide de jouer quelques blanches longues, faisant sortir et entrer le début de la première sphère. Les deux autres doigts s’affairent sur tes lèvres. Quelques trilles viennent ornementer le passage, comme un gage de la virtuosité du musicien. Tu ne peux que serrer fortement l’accoudoir du fauteuil pour me remercier.

Allegro. Le moment du soliste. La première boule entièrement libérée, je laisse libre cours à la partition : descente, montée, saut de cordes. Ton visage est en émerveillement devant la beauté de l’harmonie.

Le ténor et la soprano reviennent sur scène. Ils entament leurs parties de chant avec une telle puissance que tes cuisses n’ont pu s’empêcher de trembler. Une tension indescriptible entre les deux interprètes se ressent jusque dans leurs regards. Tu mouilles de plus belle, augmentant la difficulté. Mais j’aime la difficulté, et elle me rend plus fort. Vivo.

A ce moment-là, la cantatrice entame la dernière partie de l’acte. Son chant me remplit d’hardiesse. Montée irrésistible irrésistible. Les notes se font alors de plus en plus aiguës. J’entame alors avec l’orchestre l’accompagnement ultime. Et là, la dernière note, la plus haute, la plus pure. Je sais que tu jouis à ce moment-là, tes pieds se sont recroquevillés sous le poids du plaisir. Tes yeux se remplissent de larmes, l’émotion te submerge.

Silence.

Applaudissement de la foule.

La salle se lève. Tu t’accroches à mon bras pour ne rien laisser paraître.

Entracte.

Jimih_

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A night at the Opera – Coulisses

Au théâtre

Ne demandez pas non plus pourquoi le beau ténor n’enfile pas la soprano qui chante tout le temps comme si elle mouillait. Cela ne se fait guère sur la scène.


 L’opéra va débuter dans deux heures. Les nombreux mois de répétition nous ont rapprochés, ma cantatrice. Le duo amoureux que nous jouons sur scène s’est petit à petit prolongé en coulisses.

Notre métier nous a amenés à de nombreuses discussions sur la musique, les instruments et nos voix. Les notes ont mené aux vents, puis aux bois et aux cordes. Oui, toutes les sortes de cordes.

Comme tous les soirs, nous nous retrouvons dans les loges, pour effectuer nos vocalises. De nombreuses fois, un échauffement charnel a précédé nos exercices. Mais aujourd’hui, nous nous sommes réservés un moment spécial. Tu rentres dans ma loge, fermes la porte à clef.

Élégance. C’est ce qui caractérise le mieux ta tenue de ce jour. Bien entendu, c’est un concept subjectif. Mais l’objectivité peut être tellement ennuyant, encore plus dans les jeux sensuels.

D’abord les talons. Ce que je préfère, c’est le son. Ces petits claquements sont de vrais aphrodisiaques. Chaque impulsion est une caresse appuyée aux tympans, et qui filent droit vers les zones du cerveau dédiées à mon bon plaisir. Ensuite ne nous le cachons pas, les talons sont les crayons qui dessinent la silhouette la plus agréable.

En remontant, je peux voir tes jambes enveloppées par un voile transparent reflétant avec délice la lumière. Messieurs, voici ce que nous pensons tous dans ces moments-là : collants ou bas ? Ne feignons pas l’innocence. L’insondable attraction que peut me procurer la vue de jambes ceintes par ce vêtement me fascine. Encore une énigme qu’aucun prix Nobel ne pourra jamais expliquer.

La couture de ta jupe me permet de ne pas me perdre en chemin et d’admirer tes hanches. La température intérieure me permet de profiter entièrement de ton chemisier, la veste reposant sur un cintre. D’abord le bouton au-dessus de la ceinture. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. La quinte. La note qui supporte avec puissance la fondamentale. Mais je préfère les harmonies complexes, et tu décides de passer sur la quarte. J’enrichis la portée de notes sensuelles grâce à la ligne de ton décolleté. Encore un fil auquel je me raccroche, je me perds tellement facilement.

Le sillon de ton cou me mène vers ton collier. Les deux seuls autres bras que j’accepte de voir autour de toi. Et puis ton visage. Les cheveux tirés en arrière, luttant avec la gravité à l’aide de cet élastique rouge. Paradoxe physique.

-”Rapproche-toi, s’il-te-plait !” Ou comment jouer avec la distance de la politesse pour mieux t’attirer dans mes filets.

Tu ne fais alors aucun mouvement. Je le sais, tu veux entendre de nouveau ma voix te réclamer.

-”Viens vers moi, ma belle !” La familiarité possessive a repris le dessus. L’impatience est un boomerang.

Premier pas. Le spectre sonore des talons sur le sol. Je rentre en résonance. Le deuxième. Je serre le poing pour contenir la fougue qui me ronge. Le troisième. Ton parfum se diffuse dans mon cerveau. Le quatrième. Le contact, ou presque. Les quelques centimètres qui me séparent de toi vont m’obliger à me mouvoir pour te toucher. Attiser pour mieux consumer.

Les habits qui disparaissent, brûlés par le désir. Les boutons défilent comme lors d’une descente chromatique. Mais tu maîtrises mieux que moi les demi-tons. Tu me devances et écarte les pans de ma chemise de tes mains douces. Tes ongles sur ma peau font durer la note. Mais tu dois déjà me laisser reprendre la partition, afin de laisser emporter ton chemisier le long de tes épaules. J’entonne le premier couplet dans le creux de ton cou. Pendant ce temps, tu assures les chœurs en ôtant ta jupe.

Bas. Le dessin de ton porte-jarretelles à travers la jupe m’avait déjà aiguillé vers la bonne piste. Mes doigts ne peuvent s’empêcher de tester l’accordage des liens. Les lignes tracées sur tes cuisses, la légère forme de vague au niveau du point d’accroche, oui la note est parfaite.

Ton chant commence à devenir plus aigu. C’est un signe. La main à travers le tissu d’abord, pour ne pas brusquer. Je t’arrache un souffle. Tu te courbes au premier va-et-vient. Je préfère m’arrêter avant que tu ne tombes trop rapidement. De haut en bas, je respire à travers ta peau pour pouvoir retirer ce tissu qui nous sépare. Je te soulève les pieds, pour pouvoir sentir le nylon de tes jambes. Frissons de la couture.

Garder son calme est le plus difficile. Mais le récital n’est pas terminé, et il serait mal venu de ne pas suivre le programme. Nos langues et bras mêlés, je te guide doucement vers la coiffeuse. Depuis le début, je profite de cette vue. Le creux des reins qui se meut en fonction des mesures, tes fesses répondant aux différentes variations de tonalité. Nous arrivons au niveau de la chaise. Tu te retournes de toi-même, te cambrant pour m’offrir ta nuque découverte. Tes cheveux commencent alors une danse à base d’ondulations sensuelles. Les mouvements de ma bouche sont en harmonie avec les notes de ta voix. Mes doigts s’affairent à ce moment-là sur les bretelles de ton soutien-gorge. Tension encore. Mais la fin de la première partie approche, et tes pensées comme tes yeux sont focalisées sur la suite, avec l’entrée en scène du quintet. A cordes.

Deuxième acte. Le chant s’arrête quelques instants. À gauche et à droite, les violons. D’abord entourer les chevilles. Plusieurs tours qui permettent de bloquer la première extrémité de la corde. Ma dextérité ne peut provenir que de ma passion pour la guitare. Les pieds de la table font office de chevalet. Les vibrations y seront véhiculées à travers, pour amplifier les notes. Je les accorde alors à l’unisson, t’obligeant à déplacer tes jambes de part et d’autre. Un petit gémissement sort de ta bouche. Mon diapason.

Les alti, plus courts, sont placés à l’intérieur. Les bras liés au barreau de la chaise obligent à ton corps d’épouser une courbe offrant à ma vue tes deux « C ».

Je me colle à toi afin d’ouvrir le tiroir de la coiffeuse. Au fond, je trouve le parfait archet pour commencer le récital. La raideur de tes mamelons ne peut masquer ton excitation à sa vue. Ta cyprine, abondante, me sert de colophane. Les premières notes sont hésitantes. Quelques demi-tons hasardeux se font entendre. Mais très vite, je trouve la bonne tenue et la bonne pression. Le temps de mettre en place le dernier instrument, je me permets de jouer une partition solo. Je mets un point d’honneur à faire monter la tension en effleurant les zones à fortes résonances. En legato majoritairement, je m’autorise quelques staccati sur la corde aiguë. Les vibrations de ton corps me poussent à user du pizzicato.

Mais déjà, le dernier instrument doit prendre place.

Au centre, le violoncelle. La corde la plus grave. Le pilier du quintet. Ta queue de cheval va accueillir la première extrémité de la corde. Du Do, je passe par le Ré de tes fesses pour guider le lien. A Mi-chemin, je passe Facilement entre tes lèvres et Sollicite tes sens. La septième note, Si proche de l’octave. J’attache la deuxième extrémité sous la table. La tension, toujours.

Cette fois, c’est toi qui prends soin de régler l’accordage. D’abord en bougeant le bas de tes reins. Les notes sont de plus en plus hautes et fortes. Mais tu n’en es point satisfaite, et ajustes à l’aide de quelques mouvements bien sentis de la tête.

L’apparition de la baguette de chef d’orchestre entraîne le silence. Le vrai concert va débuter. Bien entendu tu assures les premières notes avec maestria. Plus aiguës que d’habitude, tes vocalises ne peuvent feindre l’état d’excitation. Droit dans les yeux reflétés par le miroir, tu me déclares :

“Le ténor se doit de prendre la soprano dans de telles circonstances. Nous ne sommes point sur scène.”

La corde centrale retirée, je peux laisser exprimer mon ardeur. Ta position offre des possibilités infinies, les modes s’enchaînant sans fin.

Je tente de reprendre la conduction de l’orchestre. Sans répétition, tu arrives à devancer mes indications. Tu m’influences également, en modifiant le tempo à ta guise. Le moderato ne te suffisait pas, nous passons à l’allegro et au presto.

Le miroir reflète la beauté de ton plaisir. Ta poitrine capte les vibrations physiques et émotionnelles de la pièce. Ta bouche tantôt se tord sous les morsures, tantôt s’ouvre sous l’irrépressible montée de l’extase. Tes doigts s’agrippent de plus en plus fort aux barreaux de la chaise, tes ongles griffent le bois. Je relâche tes cheveux pour les laisser prendre leur envol.

Dans la musique, l’improvisation n’a pas sa place. Laissons donc place au ternaire pour cette fois-ci.

“Encore !” Ce seront mes derniers mots. Nous sommes emportés par les notes indiennes de M. Coltrane. L’alto poussait dans ces derniers retranchements, pour en tirer sa quintessence. Je ne peux m’empêcher de m’effondrer sur ton corps nu. Tu me supplies de te libérer. Non pas pour t’enfuir, mais pour nous retrouver dans les bras l’un de l’autre. Les cordes encore présentes sur ton corps, nous tombons dans le canapé de la loge, pour nous embrasser comme si nous étions partis depuis trop longtemps.

Je passe mes doigts dans les boucles de tes cheveux, toujours vibrantes.

Le régisseur tape à la porte de la loge.

“Spectacle dans une demi-heure”.

Les premiers spectateurs arrivent. Ce soir, la représentation aura une saveur particulière.

Jimih_

Hosanna

Ne dites pas : « Elle jouit comme une jument qui pisse. » Dites : « C’est une exaltée. »


Elle avait commencé son monologue par une brume d’onomatopées à peine esquissées. La rumeur d’un plaisir naissant et fragile. Les yeux clos le plus souvent, elle entrouvrait ses lèvres rosées et, d’un souffle léger, se faisait le porte-parole de ses seins dont je léchais les mamelons. Lentement et concentriquement.

La rumeur se précisa lorsque mes lèvres enserrèrent le téton. Garrot de velours.

Je sentis son corps s’arquer. La douceur de son sein s’étendre sur mon visage. Ma langue porta des uppercuts ravageurs sur ce bout de chair turgescent.

La tonalité devint plus aiguë.

Je décidais de faire jouer ma main sur son ventre. Caresses du bout des doigts. Guérilla sur épiderme et interjection d’eau sur pierre brûlante. Bouche lentement ouverte. Nuque tendue et gorge offerte.

Son cou m’offrit des opportunités que je ne pus que saisir. Meute de baisers sortant du bois pour se jeter sur la victime consentante. Le dard de baisers à la taille de guêpe et la morsure de sombres baisers transylvaniens. Zone érogène sous contrôle. Quadrillage du terrain. Aucune résistance ne fut tolérée.

Ma main glissa vers ses abysses émouvants. Gémissements venant des profondeurs lorsque j’écartai les lèvres de sa plaie à l’âme. Les embruns avaient mouillés sa roche Tarpéienne. J’y paradai quelque temps alternant flatteries et vigoureuses accolades.

Le registre vocal se métamorphosa. Les adverbes claironnèrent leurs doléances. Les onomatopées, bruits de gorge profonde, emplirent l’espace de la chambre. Dripping sonore façon Pollock.

Je précipitai ma main coupable vers ses profondeurs humides et chaudes. Majeur et index plongèrent alors que mon pouce resta, dans un geste désespéré, accroché au surplomb clitoridien.

Exclamations de surprise et voyelles jouissantes. Accompagnement vocal de l’exploration déterminée de mes doigts. Leurs va-et-vient métronomiques, leurs tâtonnements affamés, leurs frottements attentionnés mirent en branle l’exécution de sa partition. Petite musique de chambre.

Mon annulaire cerclé par l’anus lui fit chanter une ronde. La première lettre d’un alphabet musical dévoyé se prononçant, la bouche bien ouverte, par une profonde inspiration.

Crissement des ongles sur les draps lorsque mes lèvres se posèrent sur l’anche. J’obtins alors un vibrato très convaincant qui me donna rapidement son eau à la bouche.

Mon pouce rejoignit l’index et le majeur, un faisceau solide à géométrie variable jouant avec virtuosité sur la tension de ses cordes vocales.

Le chant de ma Walkyrie s’amplifia, son corps était défendant et ma langue vivante. Elle jouit avec amplitude, elle jouit dans le bruit et la fureur. Son chant de sirène était si émouvant que j’en fus aspergé.

C’était si beau, si entraînant que j’entendis le voisin battre la mesure sur le mur de la chambre.

Camille Eelen

Confusion

À table

Si vous branlez votre voisin dans sa serviette, faites-le discrètement que nul ne s’en aperçoive.


 Note : ce texte est un exercice de style. Le sexe des deux protagonistes principaux n’est pas indiqué. Faites votre choix à votre guise, avant le début de la lecture, et laissez-vous emporter.

Le samedi, c’est jour de mariage. Comment refuser à sa meilleure amie ? “Viens, il y aura plein de monde”, “Ma famille est super sympathique”, … Ce ne sont pas ses arguments qui ont emporté la décision. Si j’ai accepté, ce n’est que pour elle. Trop de choses vécues ensemble, je ne vais pas manquer ce dernier jour de liberté. Les amours, les déceptions, les découvertes… Je te dois bien ça.

Le “grand” jour est arrivé. Tu m’as sauté au cou à mon arrivée. Comme depuis le début de notre amitié. Je me retourne pour te féliciter et apprécier ta magnifique robe. Je ne me faisais guère de souci sur tes goûts. Mais le tourbillon de la cérémonie t’avait déjà emportée au loin.

Cette journée est pleine d’échanges : vœux, alliances, baisers des jeunes mariés, joie des familles et amis… Mais également des échanges de regards, depuis le départ vers le buffet. D’abord timides. Puis plus appuyés, avec le sourire. Quelquefois gênés. Puis la fin d’après-midi et les premiers cocktails font leur effet. Échanges de paroles :

– Comment tu as trouvé la cérémonie ?

– Comme les autres ?

– Je connais la mariée

– Et moi le marié

Banalités. Puis généralités. Suivis de particularités. Travail, loisirs, passions…

L’air du début de soirée se rafraîchit, les fleurs se ferment mais les festivités ne font que commencer…

Placement libre. Bien entendu, ceci restera un souhait sans génie de la lampe, nous sommes dans un mariage. Le plan de table me permet de partager la compagnie de la famille de la mariée. Toi, tu t’accroches à l’autre branche de l’arbre généalogique.

Ce repas prend alors des airs de réunion familiale : les verres sont reliés au réseau d’alcool courant, les timides se taisent, les grandes gueules larsennent. Et surtout le fameux personnage, alliant ses réflexions politiques éclairées, tel le commentateur de chaînes de télévision d’information continue, à ses diatribes anti-tout, surtout ce qui lui est différent. Le DJ pendant ce temps passe toutes ces chansons françaises qu’il n’aurait jamais fallu entendre. Différents scenarii, à base de CD coupants, de câbles serrés fortement et de boite crânienne placée dans un des amplis du grand “Spinal Tap” m’apaisent l’esprit.

– Et sinon, sérieusement, c’est un problème tous ces jeunes, hein ?, la main posée sur mon épaule. Malheureusement, le son peut se déplacer malgré la vapeur d’alcool sortant de sa bouche.

-Je te vomis dessus, puis je te fais rejoindre ce DJ de mes deux dans le mosh-pit, en espérant que cette phrase n’atteigne jamais mes cordes vocales.

Heureusement tes regards ne m’auront pas quitté de la soirée. Comme nos différents gestes, reliant nos pensées les plus sadiques d’éradication du responsable du fond sonore ignoble.

“Début de soirée”. Mais oui, c’est ça. Le top départ. Tout le monde se lève de table pour danser. Non, pas tout le monde, seul un village d’irréductibles … La suite est connue.

Tu te lèves pour me rejoindre. On peut enfin se reparler. Malgré la bande-son de l’enfer, le courant passe. Une main commence à se poser sur ma cuisse tout en retirant la serviette posée pour le repas. La chaleur se diffuse alors à travers le textile. Notre conversation continue, mais une autre débute sous la nappe.

Les présentations de rigueur. Le rapprochement graduel. Le premier contact. J’ai alors du mal à me concentrer sur les deux discussions. Tu choisis de ne rien laisser paraître et continue de parler. Pendant ce temps, ta main experte est passée outre mes vêtements. Tu sens que ton monologue manuel a été écouté. Mon sexe est emporté par la vague. D’abord quelques doigts. Un doux va-et-vient. Tu ne suis pas le rythme de la musique diffusée, par bon goût. Les images désordonnées des corps et des lumières bon marché deviennent plus floues à mesure que la pression s’accentue. Les paupières se ferment plus longtemps qu’elles ne s’ouvrent. Le rythme qui s’accélère. Les liquides présents dans les verres et les bouteilles commencent à frémir. Tu arrives toujours à mener les deux conversations de front, sans jamais faiblir. J’ai arrêté de suivre depuis longtemps la première, ce qui semble tout de même te convenir, au vu du sourire que tu affiches. Tu accélères encore le rythme, ma main fébrile posée sur ton bras comme seule réponse. Tu sais que le débat est clos, tu as gagné à plate couture, je n’arrive pas à assurer une répartie convenable. Je ne peux que retenir quelques halètements. Les vagues formées par la nappe au-dessus de nos cuisses ne cessent de grandir, je m’agrippe à la table pour ne pas tanguer. Un dernier regard vers ton visage et je me laisse emporter par le courant. Les pieds d’abord, rapidement suivis par le bas-ventre, pour continuer le long de la colonne jusqu’à atteindre le haut de la tête. Je me réveille alors sur une île, à tes côtés, sans peur. Sourires.

À ce moment, des bras familiers m’entourent, et des lèvres se posent sur mes joues. La jeune mariée n’a rien perdu de son espièglerie que j’affectionne.

– Tout se passe bien pour toi. Je suis contente que tu souries autant.

-Je ne peux que te remercier de m’avoir invit… Trop tard, le manège de la soirée t’emporte vers d’autres tablées.

Tu retires ta main et la serviette délicatement. Tu reposes le rectangle de tissu sur la table, en la repliant pour ne rien laisser transparaître de notre croisière. J’ai une envie folle de t’embrasser, la foule n’existe plus. Mais l’annonce au micro du dessert résonne à travers la salle. Les invités commencent à refluer vers les tables. Tu suis alors la migration. Une tape sur l’épaule, peu familière celle-ci, et relativement lourde :

– Ben alors, on n’a pas profité de ce moment pour danser un peu ? Y’avait de la sacrée musique quand même.

– Merci, mais j’ai mal aux pieds. Mes chaussures sont neuves. Je tiens à m’excuser, mais je vais devoir rentrer.

Un coup d’œil à la table de la jeune mariée. Elle est tellement affairée dans l’organisation de sa journée, je ne vais pas risquer de l’embêter. Un autre coup d’œil, mais tu as déjà disparu. Pourtant ce n’était pas un rêve. Me dirigeant vers la sortie, je me remémore cet instant hors du temps et de l’espace.

« Qu’est-ce qu’il peut faire chaud dans cette salle ? Je suis en sueur. Tiens, une serviette neuve.”

Jimih_

Le cadeau

Le plus joli cadeau que puisse faire une petite fille, c’est un pucelage. Comme celui de devant ne peut se donner qu’une fois, donnez cent fois celui de derrière et vous feriez cent politesses.


Une petite annonce dans un gratuit : « Jeune vierge souhaite se dévergonder ».

Devant ce vertige de mots vendeurs, la boîte aux lettres fit une indigestion, d’hommes lubriques souhaitant tester une marchandise inconnue. Elle lisait empourprée, ces propos tantôt suppliants, tantôt hargneux, tantôt doucereux, tantôt impératifs d’hommes doutant d’elle, la désirant in fine. Une boîte de Pandore éclatée ?

Elle ne savait pas si elle aurait le courage d’aller au bout de cette quête. Mais elle était seule depuis trop longtemps. Depuis bien trop longtemps. Pas une main n’avait effleuré son corps, pas une langue n’était partie le long de ses courbes, pas un œil n’avait vu le petit signe de beauté au creux de ses poignées d’amour.

Une anonyme dans une foule de femmes désirées, désirables, aimées et salopées. Et elle se perdait dans les lectures de livres égarés aux Enfers, laissant à son imagination le soin de mettre le feu à ses poudres. Elle ne payait pas de mine. Seuls ses yeux trahissaient ce qui la tourmentait. Mais elle ne les levait pas souvent.

Dans ce flot de missives jouissives, une seule haleta son cœur. Sur une fiche d’étudiant, ces mots : « Je veux te voir nue sur ton lit, à quatre pattes à m’attendre, les fesses écartées. Je vais te défoncer le cul et m’en aller ». Elle ne savait pas pourquoi, mais son corps voulait cet homme.

Pourtant elle était une fille bien. Éduquée chez les bonnes sœurs. Avec des valeurs. Du respect de soi. De la tenue. De la discipline. De la hantise aussi. De la peur. De la crainte. Et un manque infini de liberté. Accepter cette rencontre serait se détruire pour mieux vivre ? Elle essayait de se convaincre parce qu’elles commençaient toutes à lutter à l’intérieur d’elle. La vertueuse, la moralisatrice, l’imprévisible, l’audacieuse. Elle prit son courage à deux mains et les fit toutes taire.

Elle répondit à l’annonce. L’adresse, le code, l’étage, la porte. Une heure et un jour. Et se prépara en son for intérieur à un moment inconcevable. Elle se laissait être une catin. Elle s’oubliait sereinement.

Le jour. L’heure. Une porte s’ouvre. Elle vit dans une chambre, avec le strict nécessaire. Elle est à quatre pattes sur son lit et retourne la tête pour le voir. Un tee-shirt, un jean, des baskets. De grands cheveux et des yeux rieurs. Une main à sa braguette qu’il descend déjà. Il la dévisage. Il observe chaque parcelle de son corps. Un corps qui tremble malgré elle, un cœur qui chamade tout son soûl. Elle voit ses doigts se refermer le long de sa queue, fine et longue. Les doigts descendent le long de son sexe, dans un va-et-vient sans fioritures.

Il monte sur le lit, se met derrière elle, glisse sa queue entre ses lèvres trempées de mouille impatiente. Il ne titille pas son clitoris, son plaisir sera égoïste. Il lui murmure à l’oreille « J’y vais ». Tout en lui tenant ses grosses mamelles, il fourre sa queue dans son cul. Il sent tout son corps se crisper, s’arrête et reprend plus doucement, comme un homme qui comprend qu’il n’aura que cet instant pour être un gentleman.

Elle n’a jamais connu ça. Son corps ne comprend pas ce qui se passe. Il la baise, il la baise et prend son plaisir comme un dératé. Sa queue enserrée dans cet anus qui n’a jamais rien connu d’autre. Une seconde reprend son souffle, égare ses doigts au niveau de sa chatte mais se retient. Il n’est pas un mec bien, il baise les femmes et se casse. Mais celle-là l’émeut, elle a « un je ne sais quoi » d’imperceptible. Peut-être dans son regard, celui qui l’a dévisagé dès qu’il est entré dans cette pièce. Il se reprend.

Une claque sur le cul, une deuxième. Il sent son corps qui se tend, se tend comme quand on goûte à ce plaisir indicible que procure la douleur. Il lui écarte les fesses. Il la pénètre une dernière fois rageusement, sans ambages. Il a déjà mis trop de temps à se vider les couilles. Il lui éjacule dedans. Se retire et regarde son sperme couler le long de ses cuisses tremblantes.

Il prend une seconde pour observer ces lèvres poilues, ce corps inconnu dans lequel il a éprouvé un plaisir nouveau. Il savait qu’il avait été son premier, là en tous cas. Certains tressauts ne mentent pas.

Il remet son caleçon, enfile son fute. Il s’en va sans se retourner mais entend son soupir.

Quiavuchiara

Triumvirat

Ne dites pas : « Je l’ai vu baiser par les deux trous. » Dites : « C’est une éclectique.


Lili avait eu envie d’être aimée par ces deux hommes. Sentir leur présence dans son corps. Comme une révélation. Comme une quête. Comme une épreuve ?

Peut-être…

Mais elle ne doutait pas que ce serait une de ces épreuves qui sont des révélations. Matrice de sensations, d’images, de celles dont on se remémore quelques secondes avant sa mort. La vision d’un papillon crucifié au fond de sa boîte lui vint étrangement à l’esprit.

Elle les baisait séparément. Ils le savaient ou du moins le soupçonnaient. L’instinct du mâle alpha sans doute, bien que l’alpha soit féminin dans ce triangle amoureux. Elle avait posé ses conditions, ils les avaient acceptées. Point.

Sa chatte et son cul avaient été le théâtre de diverses opérations. Elle n’avait que peu d’interdits. Ils étaient doués. Ils la faisaient jouir avec application, imagination et une certaine abnégation. Elle avait décidé de réunir leurs compétences. De faire de son corps un creuset où ils allaient se fondre.

Pierre et Louis furent donc convoqués.

Elle appréhendait un peu leur rencontre. Elle se méfiait de l’instinct de possession que les hommes développent dès qu’il s’agit de leur territoire sexuel.

Ils se regardèrent en silence. Puis, se tournant vers elle, Louis annonça :

– Tu as bon goût.

– Merci, répondit Pierre en souriant.

Soulagée, elle annonça :

– Mon Charybde et mon Scylla, je vous ai réunis, car je ne souhaite plus tomber de l’un vers l’autre.

– Je pressens la fin de notre sacerdoce, mon cher Charybde…

– Détrompe-toi, mon bruyant péril. Je souhaite, bien au contraire, réunir vos compétences pour me perdre.

– Un threesome ?

– Un « ménage à trois », mon Charybde. Le français est une belle langue et j’aime prendre du plaisir avec la langue.

– Nous n’en doutons pas, répondirent en chœur les amants.

– Mon chœur, je vous aime, sachez-le. Vous êtes ma consolation en ce bas monde. Mais revenons à nos moutons et particulièrement au mien : j’aimerais que vous me preniez….

– Dans nos bras ? l’interrompit Pierre

– Si tu le souhaites… mais je préférerais que vous me preniez comme une lorgnette…

– Par le petit bout ? Mais cela a déjà été fait… par moi s’entend, s’étonna Louis. Je ne sais quelle privauté tu as autorisé à mon « cofouteur » – me pardonnez-vous ce barbarisme, cher ami ? – mais ce ne sera pas une nouveauté pour moi. Pourquoi me convoquer alors ?

– Pierre a, lui aussi, été autorisé à passer par ma voie étroite. Et c’est bien pour cela que je vous ai réunis : je veux être prise par les deux bouts.

– Seigneur ! s’esclaffa Pierre. Heureusement que tu es meilleure amante qu’auteure de calembours, tu serais alors bien seule.

– Ne soyez pas aussi dur avec notre amie, voyons. Louis prononça cette phrase en ayant les pires difficultés à conserver son sérieux.

– Mais soyez durs, mes amis. Soyez durs ! C’est tout ce que je vous demande.

– Nous verrons si vos imprécations tiendront toujours dans quelques minutes…

– J’y compte bien.

Le sourire aux lèvres, elle sortit alors d’un tiroir un tube de lubrifiant au format familial et des préservatifs si nervurés qu’ils rendraient nerveuse toute jeune femme soucieuse de l’élasticité de ses sphincters et muqueuses.

– Ne remettons pas l’ouvrage à demain. Je vous propose de me suivre dans la chambre….

– … des supplices. Mais qui seront les suppliciés, mon cher Louis ?

– Bonne question. Espérons toutefois que le bourreau sera à la hauteur.

Elle ouvrit la porte de la chambre et le lit apparut devant eux. Un lit vaste, confortable et aux draps d’une blancheur éclatante. Un lit fait pour l’amour et la lecture. Un lit où il fait bon vivre et jouir.

– Messieurs en tenue ! ordonna-t-elle en se dévêtant.

Elle était entièrement épilée. Elle avait une vulve triomphante, de celles qui ont renoncé à vivre cachées. Une vulve charnue où les nymphes ont décidé de ne pas se dissimuler dans les replis de leur territoire. Une pâtisserie de chair tendre.

Ses seins étaient à l’avenant : pleins et ronds. Les auréoles étaient de sombres pleines lunes veillant sur le mont de Vénus.

Sa topographie corporelle eut un effet immédiat sur Pierre et Louis. Leurs érections étaient pleines de promesses et leurs yeux brillaient d’un appétit sans cesse renouvelé par l’intensité de son corps. Sa sensualité était si dense qu’elle déformait l’espace-temps, un trou noir qui attire à lui tous les désirs environnant.

– Mon cher Pierre, je vous demanderai de vous allonger, car des deux vits, le vôtre est le mieux adapté à mon con et celui qui me parait le plus… charpenté. Sans vouloir dévaluer votre valeur, Louis, je pense que votre axe de symétrie correspondra mieux à mon abscisse.

– Je n’en suis pas fâché. Bien au contraire, je suis touché de la confiance que vous me faites. Vous m’accordez là un grand honneur en remettant ainsi votre cul entre mes mains.

– Vous êtes bien urbain. Il est toujours appréciable, pour une dame, de se faire enculer par un gentleman.

Sur ces mots notre héroïne enjamba Pierre et s’empala vigoureusement en prononçant ces paroles solennelles :

– Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon plaisir.

– Amen… souffla son amant que la douceur du vagin de Lili stupéfiait toujours.

– Il s’en est fallu de peu pour que vos paroles restent dans les annales, ma chère.

– Ce que vous ferez très bien, j’en suis sûr. Mais je vous demanderai de patienter un peu. Laissez-moi le temps de me mettre en train.

Louis s’assit dans un fauteuil voltairien en diable et profita du spectacle. Il ne put qu’être fasciné par la mécanique des corps s’ébranlant dans le lit : la courbe divine des reins de Lili, la verticalité implacable de la bite de Pierre délicatement ourlée par les lèvres du sexe de leur amante commune, les gémissements étouffés de l’un et les bruits de langue de l’autre….

– Je crois que je suis prête à vous accueillir, Louis.

Elle se pencha sur le torse de Pierre donnant tout toute latitude à son deuxième amant pour la pénétrer. Il trouva sa place entre les jambes de ses amis et glissa avec la délicatesse d’un jésuite son principal argument dans le débat.

Chaque centimètre fut pleinement savouré par Lili mais aussi par Pierre. Jamais ce dernier n’avait senti si intimement la présence d’un autre homme, la verge de Louis caressait la sienne en s’engageant dans le cul de la belle. C’était troublant.

Elle se sentait possédée, pleinement, totalement. Cela allait bien au-delà de la chair, c’était une expérience métaphysique. Elle les sentait tous deux allant et venant, le plaisir sucré de sa chatte et celui plus salé de son cul se mélangeaient, se complétaient pour la mener au-delà des limites connues de ses sens. C’était grisant et effrayant. Elle tanguait, se laissant couler corps et biens.

Pierre et Louis trouvèrent assez naturellement un rythme permettant à leur Trinité de monter aux plus hauts des cieux : le premier donnait l’impulsion qui permettait au second de lutiner l’œillet de Lili avec douceur, sans à-coups, dans un doux mouvement de flux et de reflux lubrifié.

Elle sentit l’orgasme se précipiter vers elle comme une pluie de météorites.

Impacts multiples, violence du choc et spasmes incontrôlables.

Elle s’entendit crier, supplier, jouir.

Supernova endorphinienne.

Larmes de plaisir.

Plénitude.

– Messieurs, vous m’avez comblé plus que de raison mais pourrais-je vous demander de vous désengager quelques instants ? Je dois reprendre mes esprits et soulager mes abîmes. N’ayez crainte, je vous y replongerai très rapidement.

Aucun des deux n’avait encore joui. Mais elle comptait y remédier le plus rapidement possible.

– Bien sûr, ma chère.

– Je vous en prie. Reposez-vous, ajouta Louis en sortant obligeamment sa bite encore dure du cul de Lili.

Elle s’assit sur le bord du lit. Tentative de reprise en main des influx nerveux, du contrôle de sa motricité. Léger vertige. Le lit semblait bouger sous ses fesses…. mais le vertige n’était qu’illusion.

Elle retourna et vit l’épicentre du séisme.

Louis était en train de prendre Pierre en missionnaire. L’érection de ce dernier s’érigeant en un mat qu’il branlait avec application. Vigoureuse enculade de centurions. Les poignets de Pierre crucifiés sur les chevilles de Louis.

Lili sourit. Résultat surprenant mais ravissant de son expérience. Elle sentit la chaleur reprendre son bas ventre, l’humidité de ses chairs intimes perler.

Elle plaça son con au-dessus du visage de Pierre qui la lécha avec application pendant qu’elle prenait en bouche et en main la queue du cunnilingue.

Ils s’agitèrent quelques minutes. Profitant sans remords les uns des autres

Elle était à l’acmé d’un orgasme lorsque Pierre jouit dans sa bouche sous les gémissements rauques de l’éjaculation de Louis.

Orgasmes synchrones. Chance des débutants.

Lili était allongée entre ses deux bienfaiteurs ; ils ne parlaient pas, reprenaient leur souffle et profitaient de la profonde paix post-coïtale.

Elle rompit le silence :

-Messieurs, je me dois de vous dire que je ne trouve pas les mots pour qualifier le miracle que nous venons de vivre.

– Le mot.

– Pardon ?

– Oh non, sûrement pas de pardon… Ce que Louis veut vous dire c’est qu’il n’y a qu’un seul mot qui pourrait vous être utile, répondit Pierre.

– Et c’est “éclectique”, acheva Louis.

Camille Eelen

À la maison

Ne vous mettez pas au balcon pour cracher sur les passants : surtout si vous avez du foutre dans la bouche.


 « Agenouille-toi ! »

Un matin comme un autre. Ces matins où le temps ne compte pas. Non, tu le maîtrises, tu le rythmes à ta propre cadence. Tu décides.

”Comment vais-je m’habiller ?”

Petit sourire en coin, regards qui se croisent.

”Tu penses à cette petite robe, non ?”

Quand les traits de ton visage sont plus bruyants que ta propre langue.

La diffraction de la lumière est tellement plus agréable à contempler sur la peau nue, les longueurs d’ondes qui se séparent le long des cuisses et des hanches …

– Je ne sais pas quoi mettre comme dessous ?

– Le Vent ?

– …

Même avec l’habitude, tu arrives toujours à te trouver un peu bête quand tu essaies d’être drôle. Ça ne dure jamais longtemps.

13h du matin, la faim et la chaleur nous poussent à sortir pour chercher de quoi alimenter nos cerveaux.

Tu ne le sais peut-être pas, mais j’adore regarder tes cheveux au soleil. Il y a la couleur et les mouvements oui. Mais il y a les reflets aussi. Ces couleurs qui n’apparaissent que dans certaines conditions. Comme les étoiles filantes. Si ton esprit n’est pas prêt à accueillir ces nuances, tu ne les apercevras jamais. Tant pis pour toi. Mais moi je veux les capter. Je veux les voir, les ressentir, les attraper. Alors je te regarde, l’air de rien.

Ces nouvelles chaussures te donnaient une démarche hésitante aujourd’hui. Comme si la distance entre chaque pas était réduite. Catalyseur de l’imaginaire. Et puis on s’assied à cette terrasse de restaurant. On commande, on boit, on mange, on se sourit. Tes jambes au soleil qui se balancent sur ta rythmique naturelle. J’essaie de trouver une mélodie d’accompagnement, mais c’est la ligne de basse qui m’emplit l’esprit. Plutôt funky d’ailleurs cette ligne. Funkadelic, Bootsy Collins. Relativement cul, on peut le dire. « Free your mind and,… « , and, and, … On se lève, tu passes tes mains au bas de ta robe, tu te redresses et nous partons.

Tu prends ma main, placée innocemment sur tes hanches. Tu me dis alors :

– Une dame doit être convenablement accompagnée dans la rue. On ne sait quel danger pourrait surgir.

Tu la déplaces alors en direction de tes fesses. Je ne me fais pas prier. Le galbe agréable sous la paume, le sillon les séparant, le chemin de l’élasti… Non pas de chemin.

– Parler en public des vêtements intimes des dames est complètement prohibé. Surtout si elle n’en porte pas.

Silence et mes yeux écarquillés.

Le rose aux joues, la démarche hésitante, le regard sensuel, le déhanché timide. Autant d’indices évidents masqués par l’inattendu.

Ma main devient plus sûre d’elle. J’ai envie de passer outre ce tissu. Dans ma tête, je suis passé à l’acte. Dans les faits, les pouvoirs de l’impatience sur l’imagination sont multipliés. Attendre pour mieux en profiter. Attendre pour mieux partager. Attendre pour mieux fantasmer. Attendre pour mieux … Tes yeux descendent vers les boutons fermant mon jean. Oui, tu le sais bien, cette bosse mêle le plaisir à la douleur. La contrainte te fait encore plus sourire. Je pose mes lèvres sur ton cou, celui-ci s’offre sans peur. Le rythme de ton souffle varie. Je bois ta libido à travers la peau.

– Tu m’excites

– Je le sais. Mais une jeune femme ne devrait pas parler de ces choses en public.

– Je mouille.

– Cette expression n’est pas non plus appropriée.

– Je suis trempée.

La pédagogie est un art.

Arrivé à la porte de l’immeuble, le voisin nous -”te” devrais-je corriger – salue. Non tu ne sais pas ce que je sais et tu ne le sauras jamais. Même sortant du four, la vengeance peut être succulente. Escaliers ou ascenseur ? Je les avale deux par deux tous les jours. Tu préfères ne pas être bloquée dans cette espace confiné. Donc bien entendu, escaliers. Mais ta main sur mon torse me demande de patienter, puis se détache pendant quelques marches.

« Un homme doit précéder les dames montant un escalier, afin de ne pas la troubler par son regard pervers. »

Je tiens à suivre avec assiduité ce cours pratique. J’ai besoin que ma mémoire visuelle soit stimulée. Chaque palier est un délice. Le haut de tes cuisses qui se dévoile de plus en plus. Le seul effet de perspective ne peut expliquer le phénomène. Ta deuxième main posée sur ta robe ajoute à la confusion de mon cerveau. Oui, tu m’ordonnes par un mouvement d’index de te suivre, je m’exécute. Tes ordres sont bien reçus : j’écoute et observe attentivement. Je n’aurai jamais autant apprécié vivre au troisième étage que ce jour-là. Ah, si Escher était venu construire cet escalier. Saleté de géométrie euclidienne.

Tu m’attends à la porte. Les clés sont dans ton sac, tu me le tends alors. Dans ma tête, Amiral Ackbar qui me prévient du danger imminent. Tant pis, je veux tomber dans ce piège. Oui, l’infini insondable du sac. Pas de problème. J’ouvre ton sac, et …

”Mais, il est extrêmement malpoli de fouiller dans le sac des dames. Tu ne sais pas ce que tu pourrais trouver dedans.”

Ta main commencent commence à libérer la pression des boutons. Sur ce coup-là, je n’invoquerai pas l’anarchie du contenu de ton sac afin d’expliquer mon incapacité à trouver les clés. Non, comme d’habitude, mon esprit se refuse à se concentrer sur cette tâche. Il est tellement plus affairé à décrypter le mouvement de tes mains, qui cherchent à libérer cette contrainte vestimentaire. Cette poche, je l’aurai bien fouillée trois fois de suite, elle ne contient pas de clés. Le va-et-vient de tes doigts sur ma verge. L’autre non plus. Ah c’est quoi ça ? Un porte-clés ? Ta main qui se resserre. Ah c’est quoi ça ? Un truc ? Un machin, là ? Tes bracelets qui s’entrechoquent de plus en plus vite. Ta main gauche commence elle aussi à s’ébranler, dans un bruit métallique familier. Tu avais sorti le trousseau avant, tu as gagné.

”J’aime ta naïveté, tu sais. J’espère que tu auras bien retenu cette leçon.”

La porte s’ouvre, et se referme sous le poids de nos corps. Le sac qui tombe, la pudeur aussi. Malgré le bruit, les langues se lient. Ma main peut enfin toucher les parties de ton corps qui m’étaient interdites. D’abord ton cou, pour mieux t’attraper. Tes épaules, pour mieux te saisir. Tes hanches, pour mieux remonter ta robe, et dévoiler tes fesses et ton sexe. Ta main droite est toujours affairée à me branler, et ta main gauche est passée sous mon t-shirt. Mes mamelons défaillent sous le pincement de ton index et majeur. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls.

Une de mes mains n’en peut plus d’attendre le verdict. Elle veut juger sur pièce, maintenant. Justice expéditive, mais justice quand même. La sentence est sans appel. Tes lèvres s’ouvrent au passage de mes doigts. Non, tu n’es pas trempée, tu débordes. Tu me conseilles alors :

“Si une dame vous donne des signes de détresse, on se doit de répondre le plus prestement à l’urgence”.

J’entreprends de mettre en pratique quelques gestes de premiers secours : d’abord vérifier ton pouls, ma bouche contre ton cou. Oui il bat, fort. Je t’entends respirer, ou haleter je ne sais plus. Je décide tout de même de réguler ta ventilation, ma langue sur la tienne. Tu décides de t’accrocher à moi, d’abord en agrippant mon torse. Puis une jambe s’enroule. Ma queue en érection se retrouve à la place de mes doigts. Tes frottements se synchronisent à ta rythmique naturelle. Tu te rappelles Funkadelic ? “Standing on the verge of getting it on” ? Voilà.

Mes vêtements retirés, je te porte jusque dans le salon. L’une de nos fenêtres est à moitié ouverte. Mais le soleil est dirigé vers l’immeuble d’en face et tous leurs volets sont tirés. La pudeur se vaporise par cette chaleur.

“Il est totalement inapproprié de laisser à la vue de ses voisins sa dame en délicate posture” m’annonces-tu.

Tu descends alors de mes bras, t’approches de la fenêtre, et places tes mains sur le rebord, tout en ayant préalablement relevé ta jupe au-dessus de tes hanches.

“Quand une dame vous montre son cul, n’omettez pas de satisfaire aussi son con.”

Tu te branles et ton bassin devient le métronome. Le Funk pour attiser. Le Rock pour agir. Les Pierres anglaises dans la tête. Tu dois bouger. Ton corps est mon croisement et je veux moi aussi apprendre la technique du diable. Je m’approche et je chancelle. J’ai besoin d’un abri. Et tu me le donnes. Mes mains se plaquent sur tes hanches pour nous guider. J’ai besoin de plus. Et tu me le fais comprendre par tes mouvements synchrones. Tu veux être éprise, tu veux être prise. Mes doigts vont d’abord se diriger vers les fines bretelles de ta robe. Jouer avec les cordes, ça me connaît. J’attaque maintenant les cordes graves de ton soutien-gorge. Ton sein me remplit la paume, comme un riff de Keith remplit l’oreille. C’est entêtant, ça swingue, t’en redemandes. Et on attaque alors le solo. C’est moi qui lance les hostilités. J’assure la rythmique, c’est ton moment. Commencer doucement. Ta main qui devient beaucoup plus vigoureuse dans ses mouvements. Les premières notes, rondes blanches. Ton mamelon enserré par mes doigts, ton corps se courbe. La tension. Tu joues maintenant avec le tempo, les croches s’activent. Tu descends les gammes. Ma rythmique se durcit, et tu le sens. On approche de l’apogée, et ce sont tes jambes qui commencent à chanceler maintenant. La note finale, la plus belle. Et pourtant, tu t’es retenue en te mordant les lèvres, en tournant ta tête vers moi, pour ne pas éveiller les soupçons dans la rue en dessous. Je serai le seul à avoir profité de ce chef-d’œuvre.

Ta main ralentit petit à petit, tes jambes essaient de nouveau de te soutenir. Tu me regardes, ton visage apaisé et souriant. Tes cheveux que tu relèves, eux aussi ont l’air tellement relâchés. La petite mort est en réalité une résurrection. Pour le corps, pour le cerveau. Tu ne veux pas mourir, tu veux vivre de nouveau.

Tu te relèves, doucement, et tu retires ma queue avec douceur. Tu te retournes alors pour m’embrasser. Les bras autour de mon cou, je déguste tes lèvres et ta langue.

“Agenouille-toi !”. Entre l’ordre et la supplique. Tes mains glissant le long de mon dos, tes genoux se pliant pour te mettre à hauteur. Le frôlement de ta robe sur ta peau, le bruit métallique de la boucle de ceinture. Ta bouche ne se fait pas prier, tu commences le sermon. Le début est sans pitié, il faut marquer les esprits. Tu manies la langue avec dextérité afin que le message passe. Aspiré par le verbe, je me laisse emporter. Tu me retiens pour que je ne tombe pas.

Tu te relèves alors, ton bras placé entre tes cuisses. Tes lèvres retiennent mon émotion. Te tournant vers la fenêtre, je te questionne :

– Tu ne vas tout de même cracher sur les passants ? Ce serait très mal venu.

Tu me regardes alors, me souris. Et malicieusement, tu me réponds :

– Pourquoi ferais-je cela ? Je suis une jeune femme bien élevée, non ?

Jimih_

Oh Seigneur !

Le conseil du Manuel de civilité vous sera donné à la fin de la nouvelle.

Notre Père qui êtes aux cieux, quand donc m’écouterez-vous ? Vous qui avez mis enceinte la Marie par l’effet de votre esprit, je vous en supplie, accordez à une pauvre pénitente cette demande infime.

Je vous en prie, Seigneur, j’ai été patiente, j’ai été persévérante. J’ai goûté à tous les sexes que vous avez mis sur ma route, j’y ai goûté tantôt avec avidité, tantôt avec la plus grande retenue, j’y ai mis du cœur ou de l’ambition, j’ai avalé ou recraché leur semence selon mes humeurs, pour comprendre, Seigneur, pour devenir meilleure amante de jour en jour, tendre à la perfection, pour offrir à celui qui m’épousera la meilleure des femmes, et la maîtresse la plus talentueuse qui soit.

Oh, oui, Seigneur, je le reconnais, je manque d’humilité, et même, je pèche par ambition… Et pour cela je vous demande pardon, Seigneur, soyez clément envers une jeune brebis égarée. Le mariage, il n’y a que ça pour m’élever un peu de ce rang de manante, moi, la petite bonne discrète. Ma mère était bonne, monsieur, ma grand-mère avant elle était femme de chambre. Moi je veux être une femme bonne en chambre, vous comprenez ?

Je veux que le maître qui m’a souvent culbutée, et vaillamment, pour m’apprendre les bonnes manières, m’offre en mariage à un jouvenceau que je pourrai éblouir, éduquer à mon goût et attacher à mon con. Et surtout, Seigneur, je voudrais que ce jouvenceau ait le sexe graniteux, la pine douce, la vaillance de la jeunesse mais l’endurance des vieux, la curiosité des innocents et la délicate perversion de ceux qui savent…. Oh Seigneur, donnez-moi la grâce, donnez-moi un sexe à combler, je le garderai tout au fond de moi, les nuits de froidure. Et les nuits d’été, je vous promets de l’emmener prendre le frais, visitant les forêts et sous-bois, cueillant mon eau sur les écorces vertes, fouillant mes chairs au grand air. Je ne m’opposerai jamais, mon Dieu, et même j’offrirai volontiers à celui qui me prendra sous son aile, sein et bouche, cul et con.

Ma condition est modeste, Seigneur, pensez-vous qu’il y ait un homme, un seul, que mes savoirs des choses du sexe puissent combler simplement ? Il faudra qu’il soit rêveur ou riche, que nous puissions à nuit ne point dormir, et à jour ne point faillir. J’ai l’entraînement, mon Dieu, pour tenir les longues saisons : lorsque le maître recevait, il m’arrivait de rendre hommage à ses invités nombre d’heures, et parfois même plusieurs à la fois. Le maître disait que mon talent de la luxure n’a d’égal que ma foi aveugle en vous, et que si je suis ainsi faite, c’est que vous l’avez voulu.

Cette fois, je pense que je suis prête, Seigneur, et je vous demande, je vous supplie de m’aider. Je crains que mon Maître ne soit mort avant mes épousailles, et que je sois à tout jamais condamnée au couvent. Non pas que les femmes ne me goûtent point, ma Mie la cuisinière a une langue si experte…. Mais je ne peux, Seigneur, vivre sans un sexe viril à honorer, sans être visitée, excitée, transpercée, sans goûter à la sève d’un mâle aimé, que j’aurais nourri de mes propres coulées, sans cette jouissance à râler d’émoi, pleurer et rire dans le même temps, quand les sens s’affolent, quand le corps frôle le trépas.

Voyez Seigneur comme je suis dans le besoin, comme il faut que vous m’aidiez…. Luxure et vanité, j’accumule les péchés. Et pourtant, comme je rendrais grâce à votre Saint Esprit, et à votre corps tout autant, si vous exauciez cette prière.

S’il vous plaît, Seigneur, faites que je ne manque jamais, ni de pine, ni de doigts, ni de bouche, oh quel effroi ! Seigneur, accordez-moi les mille talents, ceux qui élèvent les corps un peu plus vers vos cieux.

Mais j’entends arriver Monsieur le Curé, Seigneur, il cherche une bonne m’a-t-on dit…. Le voici près de moi, agenouillé, silencieux. Foutredieu ! Sa bure le trahit. Entre ses cuisses, sous mes yeux, le plus magnifique des braquemarts. De ceux qu’on aime sans épousailles, même pour une heure, même sans jouir. Et il relève sa robe, et déjà je vois luire le gland, appétissante larme. Oh Seigneur !

Je poursuivrai mes prières, Seigneur, les mains jointes sur ce vit, honorant votre grandeur et votre miséricorde. Aveuglée par la vanité, j’ai cru que seul le mariage pourrait me sauver, alors qu’il suffisait de me tourner vers Monsieur le Curé.

Oh Merci, merci merci mon Dieu…

Nora Gaspard


Inspiré par :

N’oubliez pas de dire « s’il vous plaît » quand vous demandez une pine, ou de répondre « merci » quand on vous la donne.

Le cantique du macaron

A l’Eglise

Pendant le sermon, si le prédicateur paraît croire à la « pureté des jeunes filles chrétiennes », ne vous mettez pas à pouffer de rire.


Lætitia avait 15 ans. Moi aussi. J’étais timide et puceau. Elle était mon totem masturbatoire depuis quelques mois. Une poitrine fondatrice pour ma libido d’adolescent. Ses cheveux étaient blonds et ses yeux bleus, un cliché peut-être, mais un beau cliché. Elle était un peu ronde ce qui donnait à son corps une épaisseur de Madone et à son cul un pouvoir hypnotique.

Elle était la fille d’une des familles les plus pratiquantes de notre village. Ce qui me laissait peu d’illusion sur la possibilité d’un péché de chair avant engagement devant Dieu et sa mère.

Nous avions une amie commune un peu plus âgée, Marie-Françoise, elle aussi croyante et pratiquante. Un après-midi, au début de l’été, dans mon jardin, cette dernière me parla de Lætitia : c’était la fille la moins pudique qu’elle ait jamais côtoyée. Elle me raconta comment elle se déshabilla sans manière un jour où celle-ci lui avait proposé d’essayer des maillots de bain dans sa chambre.

Je les imaginais, toutes deux nues, leurs toisons blondes et brunes, leurs seins laiteux sautillant durant les essayages, leurs croupes jaillissantes lorsqu’elles se penchaient pour essayer un maillot. Mon érection était si forte qu’elle en était douloureuse.

Elle dut remarquer mon trouble, car elle me sourit, me regarda droit dans les yeux, désigna mon entrejambe d’un index moqueur et me dit : « Ne serais-tu pas un peu à l’étroit ? Je te sens comme…. possédé. »

Rougissant et sans voix, je détournais le regard. Elle s’approcha de moi, se pencha et me chuchota à l’oreille : « Mon sens de la charité ne peut supporter de te voir ainsi dans la détresse morale. Laisse-moi faire mon devoir de bonne chrétienne. »

Elle déboutonna mon pantalon, sortit mon vit et commença à le branler.

Sa main était douce. J’étais bouleversé. C’était la première fois qu’une femme prenait mon destin en main.

 » Théologiquement parlant, je suis à l’abri du péché… pour l’instant. »

Elle continuait son mouvement mais en plaçant, après l’avoir léchée, la pulpe du pouce sur le frein. Le plaisir augmenta, je ne savais pas si j’allais tenir très longtemps avant de me répandre. Mon orgueil de jeune mâle luttait pour tenir coûte que coûte.

« Néanmoins, je vais assez rapidement me trouver dans une position philosophiquement périlleuse. Vois-tu je ne peux gâcher ta semence, elle est sacrée. Je vais donc m’arrêter lorsque nous serons proches du péché. »

Mes mains se crispaient sur les accoudoirs du fauteuil en rotin, je n’entendais plus que sa voix, je ne voyais plus que sa main allant et venant.

« Alors je me tournerai, préservant ainsi mon salut. Je te laisserai choisir ta voie. User du libre-arbitre que le Seigneur, dans sa grande bonté, nous a donné pour rendre plus louable encore le choix de ceux qui le suivent, ce qui sera mon cas, et plus triste la déchéance de ceux qui s’éloignent de ses commandements comme Onan et ses tristes séides. »

Durant tout son sermon – qui me donnait l’impression étrange d’être masturbé par un Jésuite – elle avait changé de rythme, me mettant plus encore au supplice, j’allais jouir. L’échéance était proche.

Elle stoppa net ses caresses, se redressa, me tourna le dos.

« Je te laisse choisir. Mais je ne veux pas te voir sombrer dans le péché si tu choisis la voie de la main gauche. »

J’étais tremblant. Je regardais mon sexe dressé, palpitant. Je ne savais que faire.

« Je vais essayer de t’apporter une aide spirituelle si tu le veux. » Elle déboutonna son jean. Ses fesses blanches et fermes m’apparurent. Elle se pencha, prit appui sur la table et écarta les jambes.

Enfin ! Enfin je voyais un con. Verticale gousse rougeoyante sous la brume sombre des boucles noires. C’était superbe.

« J’espère que cela te montre à quel point le péché est sombre et l’Enfer profond. Fais le bon choix. « 

Je m’emparais de mon membre et me mis le branler presque frénétiquement. Je devais gémir. Je ne sais plus. J’étais entièrement plongé dans l’abîme de sa chatte. L’orgasme me foudroya. Le foutre jaillit, inondant ma main. J’étais pantelant.

Je l’entendis se rhabiller. Elle s’approcha. Son visage, nimbé par la lumière perçant entre les feuillages, apparu au-dessus du mien, elle me sourit doucement, caressa mon front.

« Je ne serai pas celle qui te jettera la première pierre. J’ai vu les affres du dilemme que tu as dû affronter. Pauvre petit. Laisse-moi comme Jésus, avant la Cène, te laver les pieds…. enfin ton membre le plus souillé… »

Elle s’agenouilla, à l’aide de Kleenex et de l’eau fraîche de la carafe posée sur la table, elle nettoya ma hampe si penaude. Ce fut délicieux. Presque maternel.

Une fois, ces ablutions finies, elle me laissa. Elle avait rendez-vous avec les jeunes de la Paroisse. Il y avait un débat organisé sur l’Église et le corps.

« Je prierai pour ton salut. J’ai bien senti que tu avais besoin de mon soutien pour le trouver. A bientôt. Oh ! Une dernière chose, t’avais-je dit que mes parents avaient hésité à me prénommer Marie-Madeleine ? » Son sourire avait quelque chose de profondément innocent. Peut-être celui qu’eut Eve avant d’accepter la pomme.

Dans l’heure qui suivit, je me branlais une nouvelle fois.

Quelques jours après, elle m’appela et m’invita à l’accompagner chez Lætitia. C’est ainsi que je me retrouvais devant la porte de celle-ci avec Marie-Françoise, jupe légère et corsage de cotonnade, à mes côtés. Avant de sonner, elle me regarda fixement et me demanda :

– Tu vas bien ? Je te sens un peu tendu, non ?

– Non, non… répondis-je en déglutissant.

– Encore en pleine possession ? ironisa-t-elle en tirant la chaînette d’une antique sonnette dont le tintement m’empêcha de lui faire la réponse cinglante que je n’avais pas.

Nous étions dans une grande cour pavée. Elle habitait dans une ancienne brasserie. De grands bâtiments du XIXème siècle en briques et aux fondations de grès. La brasserie avait cessé son activité durant les années 60. Les bâtiments étaient couverts de lierre, ils n’étaient plus vraiment entretenus mais pas encore à l’abandon. Une ruine romantique en devenir, l’écume d’une inévitable décrépitude, la douceâtre odeur de décomposition d’une famille de notables ruraux tentant de rester dignes sur le radeau de leur glorieux passé.

Cette atmosphère de décadence donnait aux choses une patine onirique troublante. Le syndrome du « Grand Meaulnes » n’était pas loin. Je fis appel aux mânes de P. Louÿs ou de Donatien de Sade pour m’en garder.

La porte s’ouvrit.

Vénus sortant du vestibule.

Elle portait une robe blanche, transformée en théâtre d’ombres par la clarté venant du jardin, à l’autre extrémité du couloir. On ne devinait pas son corps à travers le tissu, c’est lui qui vous dévisageait. Le seul contour des hanches et l’orbe des seins suffirent à me paralyser.

– Dis-moi, ton ami, est-il en train de voir la vierge ou fait-il un AVC ?

– Ou une petite possession démoniaque, c’est un habitué. Je te raconterai. Si ta position sur la question n’a pas changé depuis la dernière fois, je crois que ta première hypothèse serait la plus plausible bien que l’article « une » serait plus adéquat et moins blasphémateur. Oh ! Réveille-toi ! railla Marie-Françoise en claquant des doigts devant mon visage.

– Pardon. J’étais…. J’étais ébloui. Euh… Bonjour, Lætitia arrivais-je à balbutier.

– Dois-je le prendre comme un compliment ? répondit-elle un sourire aux lèvres. Sois le bienvenu chez moi !

Elle m’embrassa sur les deux joues en collant sa poitrine sur mon torse. Un peu plus que ne l’exigeait le mouvement me sembla-t-il.

Elle nous guida vers le jardin. « Nous y serons au frais et plus tranquilles » déclara-t-elle.

Je suivis notre hôtesse et Marie-Françoise, leurs culs dansaient une gigue orgiaque au rythme binaire sous les étoffes légères. Mon érection naissante s’annonçait granitique.

Le passage par le sas du corridor fut ponctué de différentes strates d’odeurs d’encaustique, de lavande embaumée et de vieux tissus. Un crucifix en ivoire patiné ne me quitta pas des yeux durant les quelques secondes du trajet. Le fumet du péché devait l’attirer.

Je me demandais si de telles pensées et le bruit du sang battant mes tempes n’étaient pas effectivement le signe d’une imminente crise d’apoplexie.

Nous nous retrouvâmes dans un jardin que l’on pouvait qualifier d’anglais par charité et à l’abandon par lucidité. Les rayons du soleil, dans ce bouillonnement végétal, viraient au vert émeraude.

Elle nous installa sous une pergola phagocytée par une vigne vierge où nous attendaient des chaises et une table en teck.

Nous discutions de diverses choses bien que le « nous » était plus un « elles », fasciné que j’étais par la chair de Lætitia. La courbe de sa nuque, dont je goûtais presque la saveur que je devinais saline par cette chaleur. Les soubresauts de ses seins ponctuant ses gestes. Ses doigts replaçant une mèche dans un geste si féminin qu’il se métamorphosait en archétype bandant.

Elles interrompirent leur discussion, échangèrent des regards entendus, et Lætitia me déclara :

– Dis-moi, tu es bien silencieux. T’ennuierais-tu en notre compagnie ?

– Je…. Non. C’est simplement que les voix féminines ont toujours eu un effet hypnotique sur moi. Un truc freudien sans doute….

– Ou alors c’est mon décolleté ? Ce qui serait une explication moins freudienne et plus évidente. Quoique le vieil Autrichien aurait pu en dire bien des choses. De ton attitude s’entend parce que mes seins n’ont rien de freudiens…. Enfin pas plus que ceux de toutes mes compagnes de mamelons.

Devant ma gêne et mon étonnement, elles éclatèrent de rire.

– Reprends-toi ! Je plaisante….

– Je n’en suis pas certaine, l’interrompit Marie-Françoise, en me regardant.

– Ton mauvais esprit est toujours délicieux ma chère. Mais tu mets notre ami dans la gêne…. peut-être qu’il n’aime pas mon décolleté.

– Mais si ! Enfin…. Je veux dire… Il est beau mais… Je…

J’étais en plein naufrage. Elles riaient de plus belle.

– Allez ! J’arrête de te torturer. Voulez-vous un café ou un thé ?

Nous nous accordâmes sur le café. Elle nous quitta donc quelques minutes.

– Tu lui plais, sais-tu ?

– Tu crois ? Ma réponse fut bien trop empressée pour être honnête. Marie-Françoise me gratifia d’un sourire en coin qui disait : « Touché ! »

– Hum… Je n’en suis pas absolument certaine. Même si je la connais bien, presque bibliquement pourrais-je dire depuis notre essayage des maillots. Tu te souviens de cet épisode, j’en suis certaine. Tu avais bu chacune de mes paroles.

Et elle accompagna son propos d’un geste mimant une masturbation avec un sourire proprement angélique.

Je crois que mon visage dut atteindre dans l’échelle chromatique des rouges les nuances les plus cuisantes.

Lætitia revint avec du café et des macarons. Le parfum de l’arabica se répandait. J’apprécie le parfum sensuel du café bien supérieur à celui, plus cérébral, du thé.

– Un proverbe turc dit que « le café doit être noir comme l’enfer, fort comme la mort et doux comme l’amour ». J’ajouterais « profond comme l’orgasme » affirma-t-elle en versant le breuvage dans les tasses.

– J’en prendrai plusieurs tasses, Lætitia. Cela me fera un orgasme multiple en évitant le tennis-elbow.

– La gourmandise est un péché mortel, Marie-Françoise, méfie-toi.

– Si je peux me permettre : pour des jeunes filles chrétiennes, vous me paraissez avoir des propos assez infernaux. Enfin, je suis athée. Je ne connais pas bien les mœurs sexuelles des agneaux de Dieu.

– Mais il parle, Marie-Françoise ! Et il a de l’humour en plus.

– Je te l’avais dit.

– Moquez-vous mais reconnaissez que certains de vos propos ne sont pas ceux que l’on aurait pu espérer trouver dans la bouche d’honnêtes chrétiennes…

– Si tu savais ce que l’on peut trouver dans nos bouches ! s’amusa Lætitia. Si Dieu a créé le clitoris, modelé vos vits et nous a permis l’orgasme, c’est bien pour en user…

– Et en abuser ! s’exclama Marie-Françoise en prenant un macaron. Puisque que nous parlons – enfin – de sexe, j’ai toujours trouvé un côté un peu « vulvaire » aux macarons. Vous ne trouvez pas ? Elle inclina son macaron verticalement. Regardez ces jolies petites lèvres charnues débordant de la fente délicate. Elle passa la langue sur le bourrelet de crème au beurre.

– Sache que tu provoques en moi des choses étranges, espèce de succube ! rit Lætitia.

Elle se leva, dégagea la table devant notre amie commune, s’assied, releva sa robe et écarta les jambes.

– Puis-je me permettre de te proposer un macaron que j’ai préparé avec amour ?

Elle releva ses fesses afin que les mains de Marie-Françoise puissent lui retirer sa culotte.

– En coton, blanche… Elle est « vaticane ment correcte » ta culotte.

Elle plongea au cœur des cuisses de notre hôtesse. Lætitia ferma les yeux, une main dans la chevelure brune de son amante et exprima par un soupir l’étendue de ses qualités de goûteuse.

J’étais fasciné par la bouche entrouverte de Lætitia, la pointe de sa langue entr’aperçue, les fortins de ses mamelons gonflés et durcis sous la robe. Rien d’autre n’existait que leurs mouvements, les gémissements de la goûtée et les bruits mouillés émis par la goûteuse, le soleil tachant leurs corps, l’odeur du café et la pulsation du sang dans mon corps qu’il soit ou non caverneux.

Marie-Françoise releva la tête – ses lèvres et son menton brillaient – et dit, en se tournant vers moi :

– Mais je suis impolie peut-être que tu voudrais toi aussi savourer la mignardise de Madame ?

– Bien sûr ! Le cri venait du cœur mais aussi d’autres profondeurs bien moins mignardes.

Elle me prit par la main et m’amena sur la chaise qui faisait face au con de Lætitia.

– Je sais que tu n’es pas habitué à la chose. Goûter au sexe d’une femme n’est pas chose facile. Il faut de l’application, de l’enthousiasme mais aussi de l’humilité et un palais éduqué. Laisse-moi donc te guider.

Sur la table, la propriétaire du macaron de chair, nous regardait en souriant. Sa chatte était d’une innocence désarmante. Une toison blonde, légère, laissant voir ses replis les plus intimes. Les nymphes étaient rosées et ne se laissaient pas dominer par les lèvres sombres de cette admirable plaie.

– C’est si beau… et si impressionnant à la fois, murmurai-je.

– Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !

On pouvait dire…. oh ! Dieu ! …. bien des choses en somme…

En variant le ton, par exemple, tenez :

Amical : « Que de beauté, malheureusement cachée.

Faites-vous fabriquer un miroir pour toujours l’admirer »

Descriptif : « C’est un vallon…. C’est un pays de cocagne….

C’est un jardin de Babylone…. Que dis-je un jardin de Babylone ?

C’est Babylone elle-même !

Curieux : « de quoi sert cette belladone ?

De cachette, madame, à un cénobite ? »

Gracieux : « aimez-vous à ce point les bites

Que maternellement vous vous préoccupâtes

De tendre ce nid à leur hâte ? »

Prévenant : « gardez-vous, votre âme entraînée

Par ce poids, d’en devenir folle ! »

Tendre : « faites-lui faire un petit parasol

De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »

Cavalier : « quoi, l’amie, ce bouton est à la mode ?

Pour y exercer sa langue c’est vraiment très commode ! »

Emphatique : « aucun vit ne peut, sexe magistral,

T’emplir tout entier, excepté celui de Baal ! »

Dramatique : « c’est la Mer Rouge quand il saigne ! »

Admiratif : « pour un gamahucheur, quelle enseigne ! »

Lyrique : « est-ce une conque, êtes-vous la Vénus ? »

Naïf : « Pourquoi ce monument, m’est inconnu ? »

Respectueux : « souffrez, madame, qu’on vous salue,

C’est là ce qui s’appelle avoir la clé des Éons ! »

Militaire : « ouvrez contre cavalerie ! »

Pratique : « voulez-vous le mettre en loterie ?

Assurément, madame, ce sera le gros lot ! »

– Seigneur que votre style est pompier et vos alexandrins estropiés, ma chère. En outre, je ne parlerai pas du plagiat par charité chrétienne. Laissez donc notre ami catéchumène apprendre le plus beau des sacrements. Et de sa main droite, elle plongea ma tête vers mon baptême cunnilingue.

Je commençais par embrasser la chair douce et veloutée autour de la fente. J’improvisais, j’espérais faire au mieux.

– C’est bien. Il convient de ne pas oublier qu’un con n’est pas limité au clitoris. N’hésite pas à explorer les alentours. Des coteaux des lèvres jusqu’au Mont de Vénus, il existe de nombreux chemins où tu pourras jouer au petit messager du bonheur. Et surtout n’oublie pas que tu as des mains ! Tu dois en user pour ouvrir les rideaux de chair et découvrir la scène où, j’en suis sûre, tu vas briller. Par contre, Lætitia comme moi-même tenons à notre pucelage, donc tu n’introduis rien dans notre for intérieur à part le bout de ta langue.

– J’approuve ma coreligionnaire, mon cher novice. Nous tenons à notre pucelage. Un atavisme judéo-chrétien cher à notre corps…. mais il reste bien d’autres voies… Hum ! Il est doué, ma chère amie.

Je venais d’écarter les grandes lèvres et d’effectuer une remontée de ma langue vers le mont de Vénus en écrasant au passage le bouton se trouvant sur ma route.

J’aperçus du coin de l’œil, Marie-Françoise, la jupe relevée, s’asseoir d’une fesse sur la table et se caresser.

– Marie est en train d’égrener son chapelet. Lætitia me regardait, je levais les yeux vers elle sans arrêter mon ouvrage. Tu l’as inspirée.

– Certes, je dois l’avouer, ma chère. Mais continuons ma catéchèse : tu peux, à l’aide de tes lèvres et de ta langue exercer diverses pressions et sollicitations. Emprisonner les nymphes tout en parcourant leurs crêtes, sucer le clitoris pour le faire sortir de son capuchon, souffler le chaud et le froid…. Une glossolalie qui fera chanter tes louanges si la prière est dite avec la foi dans la chair.

J’appliquais donc ces conseils, utilisant mes mains pour lever le voile sur son intimité. Ma langue virevoltait, ma salive mêlée à la cyprine bénissait la table. Je sentais son corps se tendre ou se relâcher, ses yeux parfois se planter dans les miens puis s’enfuir vers le ciel ou disparaître sous ses paupières, sa bouche sourire ou s’étirer dans un rictus de plaisir aux accents doloristes, sa voix gémir, chuchoter et chanter des requiems.

Marie-Françoise chantait en canon son plaisir exacerbé par celui de son amie. Elle me passait parfois une main dans les cheveux ou agaçait un téton de Lætitia qui devait en faire autant bien que je ne puisse le voir.

Soudain, tout s’accéléra, les gémissements qui devinrent halètements, les contractions des muscles, du bassin, la pression des doigts sur mon crâne.

Elles jouirent presque de concert, je dus me maintenir pour ne pas être désarçonné, je sentais les vagues de plaisir rayonner. Leurs prières montaient au ciel. On y entendait de l’adverbe d’opinion, de l’impératif et des interjections. La grammaire du plaisir.

D’un geste délicat, elle me repoussa.

– Sache que ta foi sera récompensée.

Elles se mirent donc à retirer mon pantalon.

Saisissant ma bite, Marie-Françoise la présenta à son amie.

– Mangez-en car ceci est son corps.

Lætitia fit faire à sa langue une reptation infernale qui finit en un baiser enflammé des deux jeunes filles, prenant en tenaille mon gland qui n’en demandait pas tant. J’étais à deux doigts d’entonner « Plus près de toi, Seigneur ». Une d’entre elles – je ne saurais dire laquelle – me mit à l’Index et me permit de comprendre l’attrait qu’avait l’antique Sodome pour certains plaisirs.

Lætitia prit une gorgée de café et ma bite dans sa bouche. La chaleur et le parfum du café, la douceur de ses lèvres et l’agilité de sa langue me conduisirent au bord de l’abîme.

– Oh mon Dieu ! Je viens ! est, je crois, tout ce que je pus dire.

– Nous l’avons converti ! s’amusa Lætitia.

Je jouis. Laquelle me branlait ? Laquelle me suçait ? Je n’en avais plus cure. Je fus agité de spasmes en murmurant des « Seigneur…. » qui firent dire à Marie-Françoise que leur prosélytisme, certes atypique, avait une certaine efficacité.

Lætitia, me baisa le front, et proclama :  » Ite missa est ».

Marie-Françoise, tout en grignotant un macaron, et, en me soupesant les couilles, ajouta :

– Il te restera, mon frère, à apprendre à te confesser, car je sens ta conscience chargée de lourds péchés. Mais à chaque jour suffit sa peine. Nous verrons cela dimanche.

Camille Eelen

Civique escorte

Le conseil du Manuel de civilité vous sera donné à la fin de la nouvelle.

Avant même d’avoir accroché ma plaque au 14e étage d’une tour de La Défense, j’avais déjà compris que, si je voulais vraiment jouer dans la cour des grands un jour, je serais bien obligée de penser à fréquenter les mêmes lieux que mes cibles potentielles. Invitée par le directeur de l’entreprise dont je gérais l’entrée en bourse, je voulais croire que ma présence à ce dîner de charité serait une opportunité unique de serrer des mains que je n’aurais pas l’occasion d’étreindre ailleurs. En me donnant mon carton, Charles m’avait précisé que le Président lui-même viendrait y faire un bref discours de motivation à l’attention des généreux donateurs prêts à défalquer de leurs impôts ce qu’ils offriraient à la recherche scientifique.

Les sempiternels embouteillages du vendredi soir sur le périphérique avaient considérablement retardé notre arrivée. La première entrée venait d’être desservie lorsque nous avons finalement pris place sous le regard désapprobateur de nos compagnons de tablée. Il y avait là un éminent professeur à la retraite et son assistant, tous deux accompagnés de leurs épouses. La discussion tournait bien évidemment autour du discours présidentiel que nous avions manqué, mais aucune trace du grand homme nulle part. Le temps d’arriver au dessert et j’étais assommée d’ennui. Charles, lui, semblait s’être dilué dans la monotonie de la conversation. Je commandais un scotch, puis un deuxième. Mon regard errait sur la salle au-dessus des têtes, s’arrêtant parfois sur les gorilles en faction à chaque porte donnant sur l’extérieur. Celui qui gardait l’accès à la terrasse titillait jusqu’à mes papilles tant il me semblait comestible. Peut-être que, si je le provoquais un peu, j’aurais droit à un plaquage et une fouille en règle ? Peut-être même pourrais-je tâter de son tonfa ?

L’heure était aux cafés, cognacs et commérages mondains. Je n’en pouvais définitivement plus. Je terminai mon dernier Lagavulin et je pris discrètement congé, laissant mon cavalier à son ennui.

Me voici enfin à l’air libre. Il me semble bien avoir aperçu une station de taxis pas très loin en arrivant. Le gravier crisse sous mes semelles. Il n’est pas minuit et je tangue sur mes talons aiguilles en traversant la cour. J’ai besoin de faire pipi. J’aurais quand même pu penser à y aller avant de partir, c’est toujours pareil. Je pourrais faire demi-tour, mais je n’ai aucune envie de tomber sur Charles et j’ai déjà assez de mal à marcher comme ça.

Le chemin d’accès à la propriété est bordé d’un côté par une rangée de tilleuls et de l’autre par des buissons d’ornements et des arbustes épars. L’obscurité et la densité de leur feuillage me semblant suffisantes, j’écarte quelques branches pour me frayer un passage et j’avance. A quelques mètres du chemin, l’obscurité est presque totale. Je m’arrête et patiente jusqu’à ce que ma vue s’ajuste et que je commence à discerner troncs et racines.

Je remonte précautionneusement le bas de ma robe et fais glisser ma culotte sur mes chevilles. Je m’accroupis, tâchant à la fois de garder un semblant d’équilibre et de trouver une position me permettant d’épargner ma lingerie et mes chaussures. Je suis si près du sol que le jet libérateur rebondit sur les brindilles pour éclabousser mes cuisses de gouttelettes tièdes. Un craquement juste derrière moi m’arrête net. “Je vous en prie, Madame, continuez, c’est ravissant !” Je tourne la tête et je distingue une silhouette. L’homme est assis, vaguement adossé à un tas de branchages. “ « Moi aussi je suis venu là pour satisfaire un besoin pressant. Puis j’ai trouvé l’endroit calme et j’ai décidé de m’y reposer un peu. Enfin, je suis surtout tombé en pissant ! Le champagne… Mais continuez, vous êtes délicieuse !”. Pourquoi n’ai-je pas le réflexe de me rajuster ? La situation m’excite et je décide de m’y abandonner. Cette soirée commence à devenir intéressante. Je remonte un peu ma robe et je sens mon urine sourdre à nouveau. Je sens le regard de l’homme sur mon postérieur et l’image se projette dans ma tête. “Votre cul devrait être encadré. Vous êtes splendide.” Bien que légèrement éthylique, le timbre de sa voix vibre étrangement dans mon ventre. Je me cambre et écarte un peu mes fesses en laissant s’écouler les dernières gouttes.

Je remonte ma culotte et m’allume une cigarette. “Vous en voulez une ?” Je m’approche et lui tends le paquet. C’est en approchant la flamme de mon briquet que je le reconnais. “ « Oui, oui, c’est bien moi. Mais ne faites donc pas cette tête ! Nous avons un problème beaucoup plus sérieux, regardez !” Mon regard suit son geste et je vois le tissu du pantalon complètement distendu par une trique me semblant plus que réglementaire.

“Si me voilà ainsi, c’est avant tout de votre responsabilité” reprend-il. “ Et je la connais, lorsqu’elle se réveille, plus moyen d’en faire façon si ce n’est en comblant ses exigences. Vous ne pouvez décemment pas refuser votre aide. La Nation a besoin de vous ! J’en appelle à votre sens du devoir, Madame. Mon sexe ainsi bandé me fait souffrir et me tourmente. Prenez-le dans votre bouche et sucez-moi. Sucez-moi comme un vieil ami, sucez-moi par patriotisme, sucez-moi car ça vous excite, toute nouvelle raison sera pertinente, je vous laisse le choix de la justification, mais sucez-moi, voulez-vous ?”. Je comprends immédiatement toute l’urgence de la situation, mais il me semble indigne d’honorer la bite présidentielle à quatre pattes dans les taillis. “J’imagine qu’on doit vous attendre, non ? Appelez votre chauffeur afin qu’il s’avance sur le chemin et vienne m’aider à vous relever. Une fois dans votre voiture, je serai extrêmement honorée de vous porter secours.”

A peine le temps de rejoindre l’allée que je vois arriver la limousine. Sur le siège passager, je reconnais le garde du corps de la terrasse. De mieux en mieux. Je lui indique la direction à prendre et il réapparaît quelques instants plus tard, soutenant les pas chancelants du grand homme. “Monsieur le Président, vous n’êtes pas raisonnable. Nous vous cherchons partout depuis une heure. Et regardez dans quel état vous êtes ! Il est heureux que Madame ait bien voulu vous porter secours.” Le chauffeur ouvre la portière arrière et me fait signe d’entrer dans ce qui ressemble à un salon miniature. Les deux hommes installent leur patron à mes côtés et le garde du corps prend place sur le siège qui nous fait face. Le chauffeur reprend sa place et nous démarrons, escortés par deux motards apparus comme par miracle à notre suite. “Madame, si vous voulez bien procéder !” Je m’installe à genoux sur la banquette et m’approche pour défaire la boucle de ceinture. Le bouton de la braguette est projeté contre le plafond et la fermeture Éclair s’ouvre d’elle même sur un chibre rubicond. Hors de question de perdre plus de temps, je dépose mes lèvres sur le gland congestionné et l’enduis de salive. Un grognement rauque accueil mon geste. Mes lèvres en collier, je descends doucement le long du sexe. Contre toute attente, je le sens grossir encore dans ma bouche. Quelques aller-retours et je dois déjà reprendre mon souffle. Je tourne la tête et je tombe sur le demi-sourire narquois de l’armoire à glace. “Je suis ravie de vous amuser, mais vous pourriez éventuellement faire preuve de courtoisie et vous rendre utile !” lui dis-je en lui indiquant mon postérieur. Je reprends ma besogne et m’active au rythme que l’auguste main imprime sur ma nuque. Ma robe est posément remontée sur mes reins et mon cul est repositionné pour en faciliter l’accès. Des doigts glissent dans mes replis et mon échine se hérisse de frissons lorsque le plat de la main tapote mon pubis. Ma mâchoire commence à demander grâce et aucun signe ne m’annonce l’issue triomphante de ma besogne appliquée. Il est temps de passer aux choses sérieuses. Gardant son gland dans ma bouche, je collecte un peu de ma cyprine à sa source et en tartine l’index et le majeur de ma main droite. Je les présente à l’entrée de son cul. Il me voit venir et spontanément s’allonge un peu plus pour libérer le champ de cette nouvelle opération. Sa queue dans l’étau de mes joues, j’introduis doucement mes doigts et, dans une parfaite synchronisation, je sens que mon séant est investi par le garde du corps. Ces messieurs gémissent de concert. Les voies du grand homme sont aisément pénétrables, la force de l’habitude, sans doute. Du coin de l’œil, j’aperçois le portail de l’Elysée et j’accélère la cadence. Le coup de rein libérateur de mes deux partenaires est quasi simultané. Le goût unique de la semence présidentielle coule dans ma gorge, et j’entends le chef de l’état ânonner “Avalez tout, Madame, il ne faudrait pas salir vos vêtements, il y a eu des précédents !”.

Le lendemain, un livreur m’apportait une énorme gerbe de fleurs. Sur la carte était écrit : “Merci Madame.” et en signature “La Patrie reconnaissante”.

Louisa K.


Inspiré par :

Si, au cours d’une vadrouille nocturne, vous rencontrez le Président de la République, complètement saoul, tombé dans le ruisseau, faites-le reconduire à l’Elysée avec les honneurs dus à son titre.