A night at the Opera – Salle

Au théâtre

Ne demandez pas non plus pourquoi le beau ténor n’enfile pas la soprano qui chante tout le temps comme si elle mouillait. Cela ne se fait guère sur la scène.


 Tu y es arrivé. Tu as réussi à me faire accepter de t’accompagner à un opéra. Avec l’apparat complet : costume, nœud papillon, … Le métalleux en moi se sentait comme un traître. Les concerts pour moi, c’est la foule, debout, sueur, tête qui bouge, bras en l’air, … Tu m’as même interdit de porter mes Docs. Un nouvel apprentissage de la marche s’ouvrait à moi …

Toi tu respirais la beauté et la classe dans cette petite robe rouge. En plus de la combustion de mon ego, je sentais le poids du mal-être sur mes épaules. Contrastes trop élevés. Mais tu tenais à me rassurer : ”Tu vas voir, tu vas a-do-rer”.

J’aime la musique classique. Mais l’opéra est pour moi un mur infranchissable. Ces voix à la pureté extrême. Alors que je chavire au moindre grain de la voix d’une femme qui chante.

Tu me tenais fermement le bras à l’entrée de l’Opéra, par peur que j’essaie de m’enfuir peut-être. On ne sait jamais, j’aurais pu tenter de rejoindre les roadies dans les coulisses pour écluser deux-trois boissons houblonnées. Mais non, il n’y a pas non plus de roadies à l’opéra…

Nous rejoignons nos places, au bout de rang. Tu me demandes de rester du côté couloir. D’accord, je ne prétexterai pas une envie naturelle pour pouvoir rallonger la durée de l’entracte…. Les lumières se baissent, les violons terminent leur chaotique accordage. Allons-y.

Tu m’expliques rapidement l’histoire du premier acte. Les premières notes commencent à flotter dans l’air, je les respire. Elles sont agréables, comme ton parfum et la douceur de tes cuisses. Arrive alors la cantatrice. Robe longue, cheveux blonds en chignon. Des frissons de peur me parcourent l’échine, je redoute les premières notes et retiens ma respiration. Tu serres ma main plus fortement pour que je ne sombre pas. La poitrine de la cantatrice se gonfle, les traits de sa gorge se dessinent plus clairement.

Attrapé par le courant.

Emporté par le flux.

Relâché, libéré et enivré.

Sa voix a coupé toutes mes attaches en ce monde. Je ne suis plus sur la terre ferme, je suis une molécule composant l’atmosphère. Mouvement brownien dans ma tête.

Dans cet état, le plaisir du contact de ta peau n’en est que décuplé. Ton index glisse sur le dos de ma main, je suis ton instrument. Entre alors le ténor. Je sens tes cuisses trembler aux premières paroles. Tremblées puis serrées, contractées et relâchées. Je ne suis plus le seul à entrer en résonance avec les tympans.

Ta main se crispe. Je décide de reprendre le contrôle du chevalet, de devenir ton musicien, en me rapprochant du bas de ta robe. Ta poitrine se gonfle alors, telle la cantatrice qui revient sur la scène.

Tu reprends le contrôle. Je me laisse envahir par le chant et le contact de ta main sur mon entre-jambe. Le denim est un tissu épais, grossier, au toucher sauvage. Celui du costume est subtil, léger. L’apprentissage des instruments à cordes frottées, c’est en premier lieu l’apprentissage de l’archet. Trop ou pas assez fort, et rien de bon ne sort. Tu as déjà passé cette étape, je peux l’assurer. Les fibres du textile fait vibrer le chevalet, mon cerveau se chargeant d’amplifier la partition. Le toucher et l’audition comme vecteurs de plaisirs, le fantasme du musicien.

Mais les cordes reprennent le dessus. Tu t’approches de mes oreilles et me susurres :

“D’autres cordes ont besoin de vibrer”.

Tu diriges ma main bien au-delà de la ligne de front. Je sens ta toison flamboyante s’affoler au contact de mes doigts. Aucun tissu n’entrave mon avancée, tu avais tout prévu.

Lentissimo. La descente. L’ouverture te fait tressaillir. Les préliminaires du ténor t’avaient déjà submergée de désir. Je tombe alors dans ton embuscade. Voici la corde avec laquelle je devais jouer.

Moderato. Le majeur placé dans la boucle, je décide de jouer quelques blanches longues, faisant sortir et entrer le début de la première sphère. Les deux autres doigts s’affairent sur tes lèvres. Quelques trilles viennent ornementer le passage, comme un gage de la virtuosité du musicien. Tu ne peux que serrer fortement l’accoudoir du fauteuil pour me remercier.

Allegro. Le moment du soliste. La première boule entièrement libérée, je laisse libre cours à la partition : descente, montée, saut de cordes. Ton visage est en émerveillement devant la beauté de l’harmonie.

Le ténor et la soprano reviennent sur scène. Ils entament leurs parties de chant avec une telle puissance que tes cuisses n’ont pu s’empêcher de trembler. Une tension indescriptible entre les deux interprètes se ressent jusque dans leurs regards. Tu mouilles de plus belle, augmentant la difficulté. Mais j’aime la difficulté, et elle me rend plus fort. Vivo.

A ce moment-là, la cantatrice entame la dernière partie de l’acte. Son chant me remplit d’hardiesse. Montée irrésistible irrésistible. Les notes se font alors de plus en plus aiguës. J’entame alors avec l’orchestre l’accompagnement ultime. Et là, la dernière note, la plus haute, la plus pure. Je sais que tu jouis à ce moment-là, tes pieds se sont recroquevillés sous le poids du plaisir. Tes yeux se remplissent de larmes, l’émotion te submerge.

Silence.

Applaudissement de la foule.

La salle se lève. Tu t’accroches à mon bras pour ne rien laisser paraître.

Entracte.

Jimih_

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