Confusion

À table

Si vous branlez votre voisin dans sa serviette, faites-le discrètement que nul ne s’en aperçoive.


 Note : ce texte est un exercice de style. Le sexe des deux protagonistes principaux n’est pas indiqué. Faites votre choix à votre guise, avant le début de la lecture, et laissez-vous emporter.

Le samedi, c’est jour de mariage. Comment refuser à sa meilleure amie ? “Viens, il y aura plein de monde”, “Ma famille est super sympathique”, … Ce ne sont pas ses arguments qui ont emporté la décision. Si j’ai accepté, ce n’est que pour elle. Trop de choses vécues ensemble, je ne vais pas manquer ce dernier jour de liberté. Les amours, les déceptions, les découvertes… Je te dois bien ça.

Le “grand” jour est arrivé. Tu m’as sauté au cou à mon arrivée. Comme depuis le début de notre amitié. Je me retourne pour te féliciter et apprécier ta magnifique robe. Je ne me faisais guère de souci sur tes goûts. Mais le tourbillon de la cérémonie t’avait déjà emportée au loin.

Cette journée est pleine d’échanges : vœux, alliances, baisers des jeunes mariés, joie des familles et amis… Mais également des échanges de regards, depuis le départ vers le buffet. D’abord timides. Puis plus appuyés, avec le sourire. Quelquefois gênés. Puis la fin d’après-midi et les premiers cocktails font leur effet. Échanges de paroles :

– Comment tu as trouvé la cérémonie ?

– Comme les autres ?

– Je connais la mariée

– Et moi le marié

Banalités. Puis généralités. Suivis de particularités. Travail, loisirs, passions…

L’air du début de soirée se rafraîchit, les fleurs se ferment mais les festivités ne font que commencer…

Placement libre. Bien entendu, ceci restera un souhait sans génie de la lampe, nous sommes dans un mariage. Le plan de table me permet de partager la compagnie de la famille de la mariée. Toi, tu t’accroches à l’autre branche de l’arbre généalogique.

Ce repas prend alors des airs de réunion familiale : les verres sont reliés au réseau d’alcool courant, les timides se taisent, les grandes gueules larsennent. Et surtout le fameux personnage, alliant ses réflexions politiques éclairées, tel le commentateur de chaînes de télévision d’information continue, à ses diatribes anti-tout, surtout ce qui lui est différent. Le DJ pendant ce temps passe toutes ces chansons françaises qu’il n’aurait jamais fallu entendre. Différents scenarii, à base de CD coupants, de câbles serrés fortement et de boite crânienne placée dans un des amplis du grand “Spinal Tap” m’apaisent l’esprit.

– Et sinon, sérieusement, c’est un problème tous ces jeunes, hein ?, la main posée sur mon épaule. Malheureusement, le son peut se déplacer malgré la vapeur d’alcool sortant de sa bouche.

-Je te vomis dessus, puis je te fais rejoindre ce DJ de mes deux dans le mosh-pit, en espérant que cette phrase n’atteigne jamais mes cordes vocales.

Heureusement tes regards ne m’auront pas quitté de la soirée. Comme nos différents gestes, reliant nos pensées les plus sadiques d’éradication du responsable du fond sonore ignoble.

“Début de soirée”. Mais oui, c’est ça. Le top départ. Tout le monde se lève de table pour danser. Non, pas tout le monde, seul un village d’irréductibles … La suite est connue.

Tu te lèves pour me rejoindre. On peut enfin se reparler. Malgré la bande-son de l’enfer, le courant passe. Une main commence à se poser sur ma cuisse tout en retirant la serviette posée pour le repas. La chaleur se diffuse alors à travers le textile. Notre conversation continue, mais une autre débute sous la nappe.

Les présentations de rigueur. Le rapprochement graduel. Le premier contact. J’ai alors du mal à me concentrer sur les deux discussions. Tu choisis de ne rien laisser paraître et continue de parler. Pendant ce temps, ta main experte est passée outre mes vêtements. Tu sens que ton monologue manuel a été écouté. Mon sexe est emporté par la vague. D’abord quelques doigts. Un doux va-et-vient. Tu ne suis pas le rythme de la musique diffusée, par bon goût. Les images désordonnées des corps et des lumières bon marché deviennent plus floues à mesure que la pression s’accentue. Les paupières se ferment plus longtemps qu’elles ne s’ouvrent. Le rythme qui s’accélère. Les liquides présents dans les verres et les bouteilles commencent à frémir. Tu arrives toujours à mener les deux conversations de front, sans jamais faiblir. J’ai arrêté de suivre depuis longtemps la première, ce qui semble tout de même te convenir, au vu du sourire que tu affiches. Tu accélères encore le rythme, ma main fébrile posée sur ton bras comme seule réponse. Tu sais que le débat est clos, tu as gagné à plate couture, je n’arrive pas à assurer une répartie convenable. Je ne peux que retenir quelques halètements. Les vagues formées par la nappe au-dessus de nos cuisses ne cessent de grandir, je m’agrippe à la table pour ne pas tanguer. Un dernier regard vers ton visage et je me laisse emporter par le courant. Les pieds d’abord, rapidement suivis par le bas-ventre, pour continuer le long de la colonne jusqu’à atteindre le haut de la tête. Je me réveille alors sur une île, à tes côtés, sans peur. Sourires.

À ce moment, des bras familiers m’entourent, et des lèvres se posent sur mes joues. La jeune mariée n’a rien perdu de son espièglerie que j’affectionne.

– Tout se passe bien pour toi. Je suis contente que tu souries autant.

-Je ne peux que te remercier de m’avoir invit… Trop tard, le manège de la soirée t’emporte vers d’autres tablées.

Tu retires ta main et la serviette délicatement. Tu reposes le rectangle de tissu sur la table, en la repliant pour ne rien laisser transparaître de notre croisière. J’ai une envie folle de t’embrasser, la foule n’existe plus. Mais l’annonce au micro du dessert résonne à travers la salle. Les invités commencent à refluer vers les tables. Tu suis alors la migration. Une tape sur l’épaule, peu familière celle-ci, et relativement lourde :

– Ben alors, on n’a pas profité de ce moment pour danser un peu ? Y’avait de la sacrée musique quand même.

– Merci, mais j’ai mal aux pieds. Mes chaussures sont neuves. Je tiens à m’excuser, mais je vais devoir rentrer.

Un coup d’œil à la table de la jeune mariée. Elle est tellement affairée dans l’organisation de sa journée, je ne vais pas risquer de l’embêter. Un autre coup d’œil, mais tu as déjà disparu. Pourtant ce n’était pas un rêve. Me dirigeant vers la sortie, je me remémore cet instant hors du temps et de l’espace.

« Qu’est-ce qu’il peut faire chaud dans cette salle ? Je suis en sueur. Tiens, une serviette neuve.”

Jimih_

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