Archives pour la catégorie Camille Eelen

Hosanna

Ne dites pas : « Elle jouit comme une jument qui pisse. » Dites : « C’est une exaltée. »


Elle avait commencé son monologue par une brume d’onomatopées à peine esquissées. La rumeur d’un plaisir naissant et fragile. Les yeux clos le plus souvent, elle entrouvrait ses lèvres rosées et, d’un souffle léger, se faisait le porte-parole de ses seins dont je léchais les mamelons. Lentement et concentriquement.

La rumeur se précisa lorsque mes lèvres enserrèrent le téton. Garrot de velours.

Je sentis son corps s’arquer. La douceur de son sein s’étendre sur mon visage. Ma langue porta des uppercuts ravageurs sur ce bout de chair turgescent.

La tonalité devint plus aiguë.

Je décidais de faire jouer ma main sur son ventre. Caresses du bout des doigts. Guérilla sur épiderme et interjection d’eau sur pierre brûlante. Bouche lentement ouverte. Nuque tendue et gorge offerte.

Son cou m’offrit des opportunités que je ne pus que saisir. Meute de baisers sortant du bois pour se jeter sur la victime consentante. Le dard de baisers à la taille de guêpe et la morsure de sombres baisers transylvaniens. Zone érogène sous contrôle. Quadrillage du terrain. Aucune résistance ne fut tolérée.

Ma main glissa vers ses abysses émouvants. Gémissements venant des profondeurs lorsque j’écartai les lèvres de sa plaie à l’âme. Les embruns avaient mouillés sa roche Tarpéienne. J’y paradai quelque temps alternant flatteries et vigoureuses accolades.

Le registre vocal se métamorphosa. Les adverbes claironnèrent leurs doléances. Les onomatopées, bruits de gorge profonde, emplirent l’espace de la chambre. Dripping sonore façon Pollock.

Je précipitai ma main coupable vers ses profondeurs humides et chaudes. Majeur et index plongèrent alors que mon pouce resta, dans un geste désespéré, accroché au surplomb clitoridien.

Exclamations de surprise et voyelles jouissantes. Accompagnement vocal de l’exploration déterminée de mes doigts. Leurs va-et-vient métronomiques, leurs tâtonnements affamés, leurs frottements attentionnés mirent en branle l’exécution de sa partition. Petite musique de chambre.

Mon annulaire cerclé par l’anus lui fit chanter une ronde. La première lettre d’un alphabet musical dévoyé se prononçant, la bouche bien ouverte, par une profonde inspiration.

Crissement des ongles sur les draps lorsque mes lèvres se posèrent sur l’anche. J’obtins alors un vibrato très convaincant qui me donna rapidement son eau à la bouche.

Mon pouce rejoignit l’index et le majeur, un faisceau solide à géométrie variable jouant avec virtuosité sur la tension de ses cordes vocales.

Le chant de ma Walkyrie s’amplifia, son corps était défendant et ma langue vivante. Elle jouit avec amplitude, elle jouit dans le bruit et la fureur. Son chant de sirène était si émouvant que j’en fus aspergé.

C’était si beau, si entraînant que j’entendis le voisin battre la mesure sur le mur de la chambre.

Camille Eelen

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Triumvirat

Ne dites pas : « Je l’ai vu baiser par les deux trous. » Dites : « C’est une éclectique.


Lili avait eu envie d’être aimée par ces deux hommes. Sentir leur présence dans son corps. Comme une révélation. Comme une quête. Comme une épreuve ?

Peut-être…

Mais elle ne doutait pas que ce serait une de ces épreuves qui sont des révélations. Matrice de sensations, d’images, de celles dont on se remémore quelques secondes avant sa mort. La vision d’un papillon crucifié au fond de sa boîte lui vint étrangement à l’esprit.

Elle les baisait séparément. Ils le savaient ou du moins le soupçonnaient. L’instinct du mâle alpha sans doute, bien que l’alpha soit féminin dans ce triangle amoureux. Elle avait posé ses conditions, ils les avaient acceptées. Point.

Sa chatte et son cul avaient été le théâtre de diverses opérations. Elle n’avait que peu d’interdits. Ils étaient doués. Ils la faisaient jouir avec application, imagination et une certaine abnégation. Elle avait décidé de réunir leurs compétences. De faire de son corps un creuset où ils allaient se fondre.

Pierre et Louis furent donc convoqués.

Elle appréhendait un peu leur rencontre. Elle se méfiait de l’instinct de possession que les hommes développent dès qu’il s’agit de leur territoire sexuel.

Ils se regardèrent en silence. Puis, se tournant vers elle, Louis annonça :

– Tu as bon goût.

– Merci, répondit Pierre en souriant.

Soulagée, elle annonça :

– Mon Charybde et mon Scylla, je vous ai réunis, car je ne souhaite plus tomber de l’un vers l’autre.

– Je pressens la fin de notre sacerdoce, mon cher Charybde…

– Détrompe-toi, mon bruyant péril. Je souhaite, bien au contraire, réunir vos compétences pour me perdre.

– Un threesome ?

– Un « ménage à trois », mon Charybde. Le français est une belle langue et j’aime prendre du plaisir avec la langue.

– Nous n’en doutons pas, répondirent en chœur les amants.

– Mon chœur, je vous aime, sachez-le. Vous êtes ma consolation en ce bas monde. Mais revenons à nos moutons et particulièrement au mien : j’aimerais que vous me preniez….

– Dans nos bras ? l’interrompit Pierre

– Si tu le souhaites… mais je préférerais que vous me preniez comme une lorgnette…

– Par le petit bout ? Mais cela a déjà été fait… par moi s’entend, s’étonna Louis. Je ne sais quelle privauté tu as autorisé à mon « cofouteur » – me pardonnez-vous ce barbarisme, cher ami ? – mais ce ne sera pas une nouveauté pour moi. Pourquoi me convoquer alors ?

– Pierre a, lui aussi, été autorisé à passer par ma voie étroite. Et c’est bien pour cela que je vous ai réunis : je veux être prise par les deux bouts.

– Seigneur ! s’esclaffa Pierre. Heureusement que tu es meilleure amante qu’auteure de calembours, tu serais alors bien seule.

– Ne soyez pas aussi dur avec notre amie, voyons. Louis prononça cette phrase en ayant les pires difficultés à conserver son sérieux.

– Mais soyez durs, mes amis. Soyez durs ! C’est tout ce que je vous demande.

– Nous verrons si vos imprécations tiendront toujours dans quelques minutes…

– J’y compte bien.

Le sourire aux lèvres, elle sortit alors d’un tiroir un tube de lubrifiant au format familial et des préservatifs si nervurés qu’ils rendraient nerveuse toute jeune femme soucieuse de l’élasticité de ses sphincters et muqueuses.

– Ne remettons pas l’ouvrage à demain. Je vous propose de me suivre dans la chambre….

– … des supplices. Mais qui seront les suppliciés, mon cher Louis ?

– Bonne question. Espérons toutefois que le bourreau sera à la hauteur.

Elle ouvrit la porte de la chambre et le lit apparut devant eux. Un lit vaste, confortable et aux draps d’une blancheur éclatante. Un lit fait pour l’amour et la lecture. Un lit où il fait bon vivre et jouir.

– Messieurs en tenue ! ordonna-t-elle en se dévêtant.

Elle était entièrement épilée. Elle avait une vulve triomphante, de celles qui ont renoncé à vivre cachées. Une vulve charnue où les nymphes ont décidé de ne pas se dissimuler dans les replis de leur territoire. Une pâtisserie de chair tendre.

Ses seins étaient à l’avenant : pleins et ronds. Les auréoles étaient de sombres pleines lunes veillant sur le mont de Vénus.

Sa topographie corporelle eut un effet immédiat sur Pierre et Louis. Leurs érections étaient pleines de promesses et leurs yeux brillaient d’un appétit sans cesse renouvelé par l’intensité de son corps. Sa sensualité était si dense qu’elle déformait l’espace-temps, un trou noir qui attire à lui tous les désirs environnant.

– Mon cher Pierre, je vous demanderai de vous allonger, car des deux vits, le vôtre est le mieux adapté à mon con et celui qui me parait le plus… charpenté. Sans vouloir dévaluer votre valeur, Louis, je pense que votre axe de symétrie correspondra mieux à mon abscisse.

– Je n’en suis pas fâché. Bien au contraire, je suis touché de la confiance que vous me faites. Vous m’accordez là un grand honneur en remettant ainsi votre cul entre mes mains.

– Vous êtes bien urbain. Il est toujours appréciable, pour une dame, de se faire enculer par un gentleman.

Sur ces mots notre héroïne enjamba Pierre et s’empala vigoureusement en prononçant ces paroles solennelles :

– Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon plaisir.

– Amen… souffla son amant que la douceur du vagin de Lili stupéfiait toujours.

– Il s’en est fallu de peu pour que vos paroles restent dans les annales, ma chère.

– Ce que vous ferez très bien, j’en suis sûr. Mais je vous demanderai de patienter un peu. Laissez-moi le temps de me mettre en train.

Louis s’assit dans un fauteuil voltairien en diable et profita du spectacle. Il ne put qu’être fasciné par la mécanique des corps s’ébranlant dans le lit : la courbe divine des reins de Lili, la verticalité implacable de la bite de Pierre délicatement ourlée par les lèvres du sexe de leur amante commune, les gémissements étouffés de l’un et les bruits de langue de l’autre….

– Je crois que je suis prête à vous accueillir, Louis.

Elle se pencha sur le torse de Pierre donnant tout toute latitude à son deuxième amant pour la pénétrer. Il trouva sa place entre les jambes de ses amis et glissa avec la délicatesse d’un jésuite son principal argument dans le débat.

Chaque centimètre fut pleinement savouré par Lili mais aussi par Pierre. Jamais ce dernier n’avait senti si intimement la présence d’un autre homme, la verge de Louis caressait la sienne en s’engageant dans le cul de la belle. C’était troublant.

Elle se sentait possédée, pleinement, totalement. Cela allait bien au-delà de la chair, c’était une expérience métaphysique. Elle les sentait tous deux allant et venant, le plaisir sucré de sa chatte et celui plus salé de son cul se mélangeaient, se complétaient pour la mener au-delà des limites connues de ses sens. C’était grisant et effrayant. Elle tanguait, se laissant couler corps et biens.

Pierre et Louis trouvèrent assez naturellement un rythme permettant à leur Trinité de monter aux plus hauts des cieux : le premier donnait l’impulsion qui permettait au second de lutiner l’œillet de Lili avec douceur, sans à-coups, dans un doux mouvement de flux et de reflux lubrifié.

Elle sentit l’orgasme se précipiter vers elle comme une pluie de météorites.

Impacts multiples, violence du choc et spasmes incontrôlables.

Elle s’entendit crier, supplier, jouir.

Supernova endorphinienne.

Larmes de plaisir.

Plénitude.

– Messieurs, vous m’avez comblé plus que de raison mais pourrais-je vous demander de vous désengager quelques instants ? Je dois reprendre mes esprits et soulager mes abîmes. N’ayez crainte, je vous y replongerai très rapidement.

Aucun des deux n’avait encore joui. Mais elle comptait y remédier le plus rapidement possible.

– Bien sûr, ma chère.

– Je vous en prie. Reposez-vous, ajouta Louis en sortant obligeamment sa bite encore dure du cul de Lili.

Elle s’assit sur le bord du lit. Tentative de reprise en main des influx nerveux, du contrôle de sa motricité. Léger vertige. Le lit semblait bouger sous ses fesses…. mais le vertige n’était qu’illusion.

Elle retourna et vit l’épicentre du séisme.

Louis était en train de prendre Pierre en missionnaire. L’érection de ce dernier s’érigeant en un mat qu’il branlait avec application. Vigoureuse enculade de centurions. Les poignets de Pierre crucifiés sur les chevilles de Louis.

Lili sourit. Résultat surprenant mais ravissant de son expérience. Elle sentit la chaleur reprendre son bas ventre, l’humidité de ses chairs intimes perler.

Elle plaça son con au-dessus du visage de Pierre qui la lécha avec application pendant qu’elle prenait en bouche et en main la queue du cunnilingue.

Ils s’agitèrent quelques minutes. Profitant sans remords les uns des autres

Elle était à l’acmé d’un orgasme lorsque Pierre jouit dans sa bouche sous les gémissements rauques de l’éjaculation de Louis.

Orgasmes synchrones. Chance des débutants.

Lili était allongée entre ses deux bienfaiteurs ; ils ne parlaient pas, reprenaient leur souffle et profitaient de la profonde paix post-coïtale.

Elle rompit le silence :

-Messieurs, je me dois de vous dire que je ne trouve pas les mots pour qualifier le miracle que nous venons de vivre.

– Le mot.

– Pardon ?

– Oh non, sûrement pas de pardon… Ce que Louis veut vous dire c’est qu’il n’y a qu’un seul mot qui pourrait vous être utile, répondit Pierre.

– Et c’est “éclectique”, acheva Louis.

Camille Eelen

Le cantique du macaron

A l’Eglise

Pendant le sermon, si le prédicateur paraît croire à la « pureté des jeunes filles chrétiennes », ne vous mettez pas à pouffer de rire.


Lætitia avait 15 ans. Moi aussi. J’étais timide et puceau. Elle était mon totem masturbatoire depuis quelques mois. Une poitrine fondatrice pour ma libido d’adolescent. Ses cheveux étaient blonds et ses yeux bleus, un cliché peut-être, mais un beau cliché. Elle était un peu ronde ce qui donnait à son corps une épaisseur de Madone et à son cul un pouvoir hypnotique.

Elle était la fille d’une des familles les plus pratiquantes de notre village. Ce qui me laissait peu d’illusion sur la possibilité d’un péché de chair avant engagement devant Dieu et sa mère.

Nous avions une amie commune un peu plus âgée, Marie-Françoise, elle aussi croyante et pratiquante. Un après-midi, au début de l’été, dans mon jardin, cette dernière me parla de Lætitia : c’était la fille la moins pudique qu’elle ait jamais côtoyée. Elle me raconta comment elle se déshabilla sans manière un jour où celle-ci lui avait proposé d’essayer des maillots de bain dans sa chambre.

Je les imaginais, toutes deux nues, leurs toisons blondes et brunes, leurs seins laiteux sautillant durant les essayages, leurs croupes jaillissantes lorsqu’elles se penchaient pour essayer un maillot. Mon érection était si forte qu’elle en était douloureuse.

Elle dut remarquer mon trouble, car elle me sourit, me regarda droit dans les yeux, désigna mon entrejambe d’un index moqueur et me dit : « Ne serais-tu pas un peu à l’étroit ? Je te sens comme…. possédé. »

Rougissant et sans voix, je détournais le regard. Elle s’approcha de moi, se pencha et me chuchota à l’oreille : « Mon sens de la charité ne peut supporter de te voir ainsi dans la détresse morale. Laisse-moi faire mon devoir de bonne chrétienne. »

Elle déboutonna mon pantalon, sortit mon vit et commença à le branler.

Sa main était douce. J’étais bouleversé. C’était la première fois qu’une femme prenait mon destin en main.

 » Théologiquement parlant, je suis à l’abri du péché… pour l’instant. »

Elle continuait son mouvement mais en plaçant, après l’avoir léchée, la pulpe du pouce sur le frein. Le plaisir augmenta, je ne savais pas si j’allais tenir très longtemps avant de me répandre. Mon orgueil de jeune mâle luttait pour tenir coûte que coûte.

« Néanmoins, je vais assez rapidement me trouver dans une position philosophiquement périlleuse. Vois-tu je ne peux gâcher ta semence, elle est sacrée. Je vais donc m’arrêter lorsque nous serons proches du péché. »

Mes mains se crispaient sur les accoudoirs du fauteuil en rotin, je n’entendais plus que sa voix, je ne voyais plus que sa main allant et venant.

« Alors je me tournerai, préservant ainsi mon salut. Je te laisserai choisir ta voie. User du libre-arbitre que le Seigneur, dans sa grande bonté, nous a donné pour rendre plus louable encore le choix de ceux qui le suivent, ce qui sera mon cas, et plus triste la déchéance de ceux qui s’éloignent de ses commandements comme Onan et ses tristes séides. »

Durant tout son sermon – qui me donnait l’impression étrange d’être masturbé par un Jésuite – elle avait changé de rythme, me mettant plus encore au supplice, j’allais jouir. L’échéance était proche.

Elle stoppa net ses caresses, se redressa, me tourna le dos.

« Je te laisse choisir. Mais je ne veux pas te voir sombrer dans le péché si tu choisis la voie de la main gauche. »

J’étais tremblant. Je regardais mon sexe dressé, palpitant. Je ne savais que faire.

« Je vais essayer de t’apporter une aide spirituelle si tu le veux. » Elle déboutonna son jean. Ses fesses blanches et fermes m’apparurent. Elle se pencha, prit appui sur la table et écarta les jambes.

Enfin ! Enfin je voyais un con. Verticale gousse rougeoyante sous la brume sombre des boucles noires. C’était superbe.

« J’espère que cela te montre à quel point le péché est sombre et l’Enfer profond. Fais le bon choix. « 

Je m’emparais de mon membre et me mis le branler presque frénétiquement. Je devais gémir. Je ne sais plus. J’étais entièrement plongé dans l’abîme de sa chatte. L’orgasme me foudroya. Le foutre jaillit, inondant ma main. J’étais pantelant.

Je l’entendis se rhabiller. Elle s’approcha. Son visage, nimbé par la lumière perçant entre les feuillages, apparu au-dessus du mien, elle me sourit doucement, caressa mon front.

« Je ne serai pas celle qui te jettera la première pierre. J’ai vu les affres du dilemme que tu as dû affronter. Pauvre petit. Laisse-moi comme Jésus, avant la Cène, te laver les pieds…. enfin ton membre le plus souillé… »

Elle s’agenouilla, à l’aide de Kleenex et de l’eau fraîche de la carafe posée sur la table, elle nettoya ma hampe si penaude. Ce fut délicieux. Presque maternel.

Une fois, ces ablutions finies, elle me laissa. Elle avait rendez-vous avec les jeunes de la Paroisse. Il y avait un débat organisé sur l’Église et le corps.

« Je prierai pour ton salut. J’ai bien senti que tu avais besoin de mon soutien pour le trouver. A bientôt. Oh ! Une dernière chose, t’avais-je dit que mes parents avaient hésité à me prénommer Marie-Madeleine ? » Son sourire avait quelque chose de profondément innocent. Peut-être celui qu’eut Eve avant d’accepter la pomme.

Dans l’heure qui suivit, je me branlais une nouvelle fois.

Quelques jours après, elle m’appela et m’invita à l’accompagner chez Lætitia. C’est ainsi que je me retrouvais devant la porte de celle-ci avec Marie-Françoise, jupe légère et corsage de cotonnade, à mes côtés. Avant de sonner, elle me regarda fixement et me demanda :

– Tu vas bien ? Je te sens un peu tendu, non ?

– Non, non… répondis-je en déglutissant.

– Encore en pleine possession ? ironisa-t-elle en tirant la chaînette d’une antique sonnette dont le tintement m’empêcha de lui faire la réponse cinglante que je n’avais pas.

Nous étions dans une grande cour pavée. Elle habitait dans une ancienne brasserie. De grands bâtiments du XIXème siècle en briques et aux fondations de grès. La brasserie avait cessé son activité durant les années 60. Les bâtiments étaient couverts de lierre, ils n’étaient plus vraiment entretenus mais pas encore à l’abandon. Une ruine romantique en devenir, l’écume d’une inévitable décrépitude, la douceâtre odeur de décomposition d’une famille de notables ruraux tentant de rester dignes sur le radeau de leur glorieux passé.

Cette atmosphère de décadence donnait aux choses une patine onirique troublante. Le syndrome du « Grand Meaulnes » n’était pas loin. Je fis appel aux mânes de P. Louÿs ou de Donatien de Sade pour m’en garder.

La porte s’ouvrit.

Vénus sortant du vestibule.

Elle portait une robe blanche, transformée en théâtre d’ombres par la clarté venant du jardin, à l’autre extrémité du couloir. On ne devinait pas son corps à travers le tissu, c’est lui qui vous dévisageait. Le seul contour des hanches et l’orbe des seins suffirent à me paralyser.

– Dis-moi, ton ami, est-il en train de voir la vierge ou fait-il un AVC ?

– Ou une petite possession démoniaque, c’est un habitué. Je te raconterai. Si ta position sur la question n’a pas changé depuis la dernière fois, je crois que ta première hypothèse serait la plus plausible bien que l’article « une » serait plus adéquat et moins blasphémateur. Oh ! Réveille-toi ! railla Marie-Françoise en claquant des doigts devant mon visage.

– Pardon. J’étais…. J’étais ébloui. Euh… Bonjour, Lætitia arrivais-je à balbutier.

– Dois-je le prendre comme un compliment ? répondit-elle un sourire aux lèvres. Sois le bienvenu chez moi !

Elle m’embrassa sur les deux joues en collant sa poitrine sur mon torse. Un peu plus que ne l’exigeait le mouvement me sembla-t-il.

Elle nous guida vers le jardin. « Nous y serons au frais et plus tranquilles » déclara-t-elle.

Je suivis notre hôtesse et Marie-Françoise, leurs culs dansaient une gigue orgiaque au rythme binaire sous les étoffes légères. Mon érection naissante s’annonçait granitique.

Le passage par le sas du corridor fut ponctué de différentes strates d’odeurs d’encaustique, de lavande embaumée et de vieux tissus. Un crucifix en ivoire patiné ne me quitta pas des yeux durant les quelques secondes du trajet. Le fumet du péché devait l’attirer.

Je me demandais si de telles pensées et le bruit du sang battant mes tempes n’étaient pas effectivement le signe d’une imminente crise d’apoplexie.

Nous nous retrouvâmes dans un jardin que l’on pouvait qualifier d’anglais par charité et à l’abandon par lucidité. Les rayons du soleil, dans ce bouillonnement végétal, viraient au vert émeraude.

Elle nous installa sous une pergola phagocytée par une vigne vierge où nous attendaient des chaises et une table en teck.

Nous discutions de diverses choses bien que le « nous » était plus un « elles », fasciné que j’étais par la chair de Lætitia. La courbe de sa nuque, dont je goûtais presque la saveur que je devinais saline par cette chaleur. Les soubresauts de ses seins ponctuant ses gestes. Ses doigts replaçant une mèche dans un geste si féminin qu’il se métamorphosait en archétype bandant.

Elles interrompirent leur discussion, échangèrent des regards entendus, et Lætitia me déclara :

– Dis-moi, tu es bien silencieux. T’ennuierais-tu en notre compagnie ?

– Je…. Non. C’est simplement que les voix féminines ont toujours eu un effet hypnotique sur moi. Un truc freudien sans doute….

– Ou alors c’est mon décolleté ? Ce qui serait une explication moins freudienne et plus évidente. Quoique le vieil Autrichien aurait pu en dire bien des choses. De ton attitude s’entend parce que mes seins n’ont rien de freudiens…. Enfin pas plus que ceux de toutes mes compagnes de mamelons.

Devant ma gêne et mon étonnement, elles éclatèrent de rire.

– Reprends-toi ! Je plaisante….

– Je n’en suis pas certaine, l’interrompit Marie-Françoise, en me regardant.

– Ton mauvais esprit est toujours délicieux ma chère. Mais tu mets notre ami dans la gêne…. peut-être qu’il n’aime pas mon décolleté.

– Mais si ! Enfin…. Je veux dire… Il est beau mais… Je…

J’étais en plein naufrage. Elles riaient de plus belle.

– Allez ! J’arrête de te torturer. Voulez-vous un café ou un thé ?

Nous nous accordâmes sur le café. Elle nous quitta donc quelques minutes.

– Tu lui plais, sais-tu ?

– Tu crois ? Ma réponse fut bien trop empressée pour être honnête. Marie-Françoise me gratifia d’un sourire en coin qui disait : « Touché ! »

– Hum… Je n’en suis pas absolument certaine. Même si je la connais bien, presque bibliquement pourrais-je dire depuis notre essayage des maillots. Tu te souviens de cet épisode, j’en suis certaine. Tu avais bu chacune de mes paroles.

Et elle accompagna son propos d’un geste mimant une masturbation avec un sourire proprement angélique.

Je crois que mon visage dut atteindre dans l’échelle chromatique des rouges les nuances les plus cuisantes.

Lætitia revint avec du café et des macarons. Le parfum de l’arabica se répandait. J’apprécie le parfum sensuel du café bien supérieur à celui, plus cérébral, du thé.

– Un proverbe turc dit que « le café doit être noir comme l’enfer, fort comme la mort et doux comme l’amour ». J’ajouterais « profond comme l’orgasme » affirma-t-elle en versant le breuvage dans les tasses.

– J’en prendrai plusieurs tasses, Lætitia. Cela me fera un orgasme multiple en évitant le tennis-elbow.

– La gourmandise est un péché mortel, Marie-Françoise, méfie-toi.

– Si je peux me permettre : pour des jeunes filles chrétiennes, vous me paraissez avoir des propos assez infernaux. Enfin, je suis athée. Je ne connais pas bien les mœurs sexuelles des agneaux de Dieu.

– Mais il parle, Marie-Françoise ! Et il a de l’humour en plus.

– Je te l’avais dit.

– Moquez-vous mais reconnaissez que certains de vos propos ne sont pas ceux que l’on aurait pu espérer trouver dans la bouche d’honnêtes chrétiennes…

– Si tu savais ce que l’on peut trouver dans nos bouches ! s’amusa Lætitia. Si Dieu a créé le clitoris, modelé vos vits et nous a permis l’orgasme, c’est bien pour en user…

– Et en abuser ! s’exclama Marie-Françoise en prenant un macaron. Puisque que nous parlons – enfin – de sexe, j’ai toujours trouvé un côté un peu « vulvaire » aux macarons. Vous ne trouvez pas ? Elle inclina son macaron verticalement. Regardez ces jolies petites lèvres charnues débordant de la fente délicate. Elle passa la langue sur le bourrelet de crème au beurre.

– Sache que tu provoques en moi des choses étranges, espèce de succube ! rit Lætitia.

Elle se leva, dégagea la table devant notre amie commune, s’assied, releva sa robe et écarta les jambes.

– Puis-je me permettre de te proposer un macaron que j’ai préparé avec amour ?

Elle releva ses fesses afin que les mains de Marie-Françoise puissent lui retirer sa culotte.

– En coton, blanche… Elle est « vaticane ment correcte » ta culotte.

Elle plongea au cœur des cuisses de notre hôtesse. Lætitia ferma les yeux, une main dans la chevelure brune de son amante et exprima par un soupir l’étendue de ses qualités de goûteuse.

J’étais fasciné par la bouche entrouverte de Lætitia, la pointe de sa langue entr’aperçue, les fortins de ses mamelons gonflés et durcis sous la robe. Rien d’autre n’existait que leurs mouvements, les gémissements de la goûtée et les bruits mouillés émis par la goûteuse, le soleil tachant leurs corps, l’odeur du café et la pulsation du sang dans mon corps qu’il soit ou non caverneux.

Marie-Françoise releva la tête – ses lèvres et son menton brillaient – et dit, en se tournant vers moi :

– Mais je suis impolie peut-être que tu voudrais toi aussi savourer la mignardise de Madame ?

– Bien sûr ! Le cri venait du cœur mais aussi d’autres profondeurs bien moins mignardes.

Elle me prit par la main et m’amena sur la chaise qui faisait face au con de Lætitia.

– Je sais que tu n’es pas habitué à la chose. Goûter au sexe d’une femme n’est pas chose facile. Il faut de l’application, de l’enthousiasme mais aussi de l’humilité et un palais éduqué. Laisse-moi donc te guider.

Sur la table, la propriétaire du macaron de chair, nous regardait en souriant. Sa chatte était d’une innocence désarmante. Une toison blonde, légère, laissant voir ses replis les plus intimes. Les nymphes étaient rosées et ne se laissaient pas dominer par les lèvres sombres de cette admirable plaie.

– C’est si beau… et si impressionnant à la fois, murmurai-je.

– Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !

On pouvait dire…. oh ! Dieu ! …. bien des choses en somme…

En variant le ton, par exemple, tenez :

Amical : « Que de beauté, malheureusement cachée.

Faites-vous fabriquer un miroir pour toujours l’admirer »

Descriptif : « C’est un vallon…. C’est un pays de cocagne….

C’est un jardin de Babylone…. Que dis-je un jardin de Babylone ?

C’est Babylone elle-même !

Curieux : « de quoi sert cette belladone ?

De cachette, madame, à un cénobite ? »

Gracieux : « aimez-vous à ce point les bites

Que maternellement vous vous préoccupâtes

De tendre ce nid à leur hâte ? »

Prévenant : « gardez-vous, votre âme entraînée

Par ce poids, d’en devenir folle ! »

Tendre : « faites-lui faire un petit parasol

De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »

Cavalier : « quoi, l’amie, ce bouton est à la mode ?

Pour y exercer sa langue c’est vraiment très commode ! »

Emphatique : « aucun vit ne peut, sexe magistral,

T’emplir tout entier, excepté celui de Baal ! »

Dramatique : « c’est la Mer Rouge quand il saigne ! »

Admiratif : « pour un gamahucheur, quelle enseigne ! »

Lyrique : « est-ce une conque, êtes-vous la Vénus ? »

Naïf : « Pourquoi ce monument, m’est inconnu ? »

Respectueux : « souffrez, madame, qu’on vous salue,

C’est là ce qui s’appelle avoir la clé des Éons ! »

Militaire : « ouvrez contre cavalerie ! »

Pratique : « voulez-vous le mettre en loterie ?

Assurément, madame, ce sera le gros lot ! »

– Seigneur que votre style est pompier et vos alexandrins estropiés, ma chère. En outre, je ne parlerai pas du plagiat par charité chrétienne. Laissez donc notre ami catéchumène apprendre le plus beau des sacrements. Et de sa main droite, elle plongea ma tête vers mon baptême cunnilingue.

Je commençais par embrasser la chair douce et veloutée autour de la fente. J’improvisais, j’espérais faire au mieux.

– C’est bien. Il convient de ne pas oublier qu’un con n’est pas limité au clitoris. N’hésite pas à explorer les alentours. Des coteaux des lèvres jusqu’au Mont de Vénus, il existe de nombreux chemins où tu pourras jouer au petit messager du bonheur. Et surtout n’oublie pas que tu as des mains ! Tu dois en user pour ouvrir les rideaux de chair et découvrir la scène où, j’en suis sûre, tu vas briller. Par contre, Lætitia comme moi-même tenons à notre pucelage, donc tu n’introduis rien dans notre for intérieur à part le bout de ta langue.

– J’approuve ma coreligionnaire, mon cher novice. Nous tenons à notre pucelage. Un atavisme judéo-chrétien cher à notre corps…. mais il reste bien d’autres voies… Hum ! Il est doué, ma chère amie.

Je venais d’écarter les grandes lèvres et d’effectuer une remontée de ma langue vers le mont de Vénus en écrasant au passage le bouton se trouvant sur ma route.

J’aperçus du coin de l’œil, Marie-Françoise, la jupe relevée, s’asseoir d’une fesse sur la table et se caresser.

– Marie est en train d’égrener son chapelet. Lætitia me regardait, je levais les yeux vers elle sans arrêter mon ouvrage. Tu l’as inspirée.

– Certes, je dois l’avouer, ma chère. Mais continuons ma catéchèse : tu peux, à l’aide de tes lèvres et de ta langue exercer diverses pressions et sollicitations. Emprisonner les nymphes tout en parcourant leurs crêtes, sucer le clitoris pour le faire sortir de son capuchon, souffler le chaud et le froid…. Une glossolalie qui fera chanter tes louanges si la prière est dite avec la foi dans la chair.

J’appliquais donc ces conseils, utilisant mes mains pour lever le voile sur son intimité. Ma langue virevoltait, ma salive mêlée à la cyprine bénissait la table. Je sentais son corps se tendre ou se relâcher, ses yeux parfois se planter dans les miens puis s’enfuir vers le ciel ou disparaître sous ses paupières, sa bouche sourire ou s’étirer dans un rictus de plaisir aux accents doloristes, sa voix gémir, chuchoter et chanter des requiems.

Marie-Françoise chantait en canon son plaisir exacerbé par celui de son amie. Elle me passait parfois une main dans les cheveux ou agaçait un téton de Lætitia qui devait en faire autant bien que je ne puisse le voir.

Soudain, tout s’accéléra, les gémissements qui devinrent halètements, les contractions des muscles, du bassin, la pression des doigts sur mon crâne.

Elles jouirent presque de concert, je dus me maintenir pour ne pas être désarçonné, je sentais les vagues de plaisir rayonner. Leurs prières montaient au ciel. On y entendait de l’adverbe d’opinion, de l’impératif et des interjections. La grammaire du plaisir.

D’un geste délicat, elle me repoussa.

– Sache que ta foi sera récompensée.

Elles se mirent donc à retirer mon pantalon.

Saisissant ma bite, Marie-Françoise la présenta à son amie.

– Mangez-en car ceci est son corps.

Lætitia fit faire à sa langue une reptation infernale qui finit en un baiser enflammé des deux jeunes filles, prenant en tenaille mon gland qui n’en demandait pas tant. J’étais à deux doigts d’entonner « Plus près de toi, Seigneur ». Une d’entre elles – je ne saurais dire laquelle – me mit à l’Index et me permit de comprendre l’attrait qu’avait l’antique Sodome pour certains plaisirs.

Lætitia prit une gorgée de café et ma bite dans sa bouche. La chaleur et le parfum du café, la douceur de ses lèvres et l’agilité de sa langue me conduisirent au bord de l’abîme.

– Oh mon Dieu ! Je viens ! est, je crois, tout ce que je pus dire.

– Nous l’avons converti ! s’amusa Lætitia.

Je jouis. Laquelle me branlait ? Laquelle me suçait ? Je n’en avais plus cure. Je fus agité de spasmes en murmurant des « Seigneur…. » qui firent dire à Marie-Françoise que leur prosélytisme, certes atypique, avait une certaine efficacité.

Lætitia, me baisa le front, et proclama :  » Ite missa est ».

Marie-Françoise, tout en grignotant un macaron, et, en me soupesant les couilles, ajouta :

– Il te restera, mon frère, à apprendre à te confesser, car je sens ta conscience chargée de lourds péchés. Mais à chaque jour suffit sa peine. Nous verrons cela dimanche.

Camille Eelen