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A night at the Opera – Salle

Au théâtre

Ne demandez pas non plus pourquoi le beau ténor n’enfile pas la soprano qui chante tout le temps comme si elle mouillait. Cela ne se fait guère sur la scène.


 Tu y es arrivé. Tu as réussi à me faire accepter de t’accompagner à un opéra. Avec l’apparat complet : costume, nœud papillon, … Le métalleux en moi se sentait comme un traître. Les concerts pour moi, c’est la foule, debout, sueur, tête qui bouge, bras en l’air, … Tu m’as même interdit de porter mes Docs. Un nouvel apprentissage de la marche s’ouvrait à moi …

Toi tu respirais la beauté et la classe dans cette petite robe rouge. En plus de la combustion de mon ego, je sentais le poids du mal-être sur mes épaules. Contrastes trop élevés. Mais tu tenais à me rassurer : ”Tu vas voir, tu vas a-do-rer”.

J’aime la musique classique. Mais l’opéra est pour moi un mur infranchissable. Ces voix à la pureté extrême. Alors que je chavire au moindre grain de la voix d’une femme qui chante.

Tu me tenais fermement le bras à l’entrée de l’Opéra, par peur que j’essaie de m’enfuir peut-être. On ne sait jamais, j’aurais pu tenter de rejoindre les roadies dans les coulisses pour écluser deux-trois boissons houblonnées. Mais non, il n’y a pas non plus de roadies à l’opéra…

Nous rejoignons nos places, au bout de rang. Tu me demandes de rester du côté couloir. D’accord, je ne prétexterai pas une envie naturelle pour pouvoir rallonger la durée de l’entracte…. Les lumières se baissent, les violons terminent leur chaotique accordage. Allons-y.

Tu m’expliques rapidement l’histoire du premier acte. Les premières notes commencent à flotter dans l’air, je les respire. Elles sont agréables, comme ton parfum et la douceur de tes cuisses. Arrive alors la cantatrice. Robe longue, cheveux blonds en chignon. Des frissons de peur me parcourent l’échine, je redoute les premières notes et retiens ma respiration. Tu serres ma main plus fortement pour que je ne sombre pas. La poitrine de la cantatrice se gonfle, les traits de sa gorge se dessinent plus clairement.

Attrapé par le courant.

Emporté par le flux.

Relâché, libéré et enivré.

Sa voix a coupé toutes mes attaches en ce monde. Je ne suis plus sur la terre ferme, je suis une molécule composant l’atmosphère. Mouvement brownien dans ma tête.

Dans cet état, le plaisir du contact de ta peau n’en est que décuplé. Ton index glisse sur le dos de ma main, je suis ton instrument. Entre alors le ténor. Je sens tes cuisses trembler aux premières paroles. Tremblées puis serrées, contractées et relâchées. Je ne suis plus le seul à entrer en résonance avec les tympans.

Ta main se crispe. Je décide de reprendre le contrôle du chevalet, de devenir ton musicien, en me rapprochant du bas de ta robe. Ta poitrine se gonfle alors, telle la cantatrice qui revient sur la scène.

Tu reprends le contrôle. Je me laisse envahir par le chant et le contact de ta main sur mon entre-jambe. Le denim est un tissu épais, grossier, au toucher sauvage. Celui du costume est subtil, léger. L’apprentissage des instruments à cordes frottées, c’est en premier lieu l’apprentissage de l’archet. Trop ou pas assez fort, et rien de bon ne sort. Tu as déjà passé cette étape, je peux l’assurer. Les fibres du textile fait vibrer le chevalet, mon cerveau se chargeant d’amplifier la partition. Le toucher et l’audition comme vecteurs de plaisirs, le fantasme du musicien.

Mais les cordes reprennent le dessus. Tu t’approches de mes oreilles et me susurres :

“D’autres cordes ont besoin de vibrer”.

Tu diriges ma main bien au-delà de la ligne de front. Je sens ta toison flamboyante s’affoler au contact de mes doigts. Aucun tissu n’entrave mon avancée, tu avais tout prévu.

Lentissimo. La descente. L’ouverture te fait tressaillir. Les préliminaires du ténor t’avaient déjà submergée de désir. Je tombe alors dans ton embuscade. Voici la corde avec laquelle je devais jouer.

Moderato. Le majeur placé dans la boucle, je décide de jouer quelques blanches longues, faisant sortir et entrer le début de la première sphère. Les deux autres doigts s’affairent sur tes lèvres. Quelques trilles viennent ornementer le passage, comme un gage de la virtuosité du musicien. Tu ne peux que serrer fortement l’accoudoir du fauteuil pour me remercier.

Allegro. Le moment du soliste. La première boule entièrement libérée, je laisse libre cours à la partition : descente, montée, saut de cordes. Ton visage est en émerveillement devant la beauté de l’harmonie.

Le ténor et la soprano reviennent sur scène. Ils entament leurs parties de chant avec une telle puissance que tes cuisses n’ont pu s’empêcher de trembler. Une tension indescriptible entre les deux interprètes se ressent jusque dans leurs regards. Tu mouilles de plus belle, augmentant la difficulté. Mais j’aime la difficulté, et elle me rend plus fort. Vivo.

A ce moment-là, la cantatrice entame la dernière partie de l’acte. Son chant me remplit d’hardiesse. Montée irrésistible irrésistible. Les notes se font alors de plus en plus aiguës. J’entame alors avec l’orchestre l’accompagnement ultime. Et là, la dernière note, la plus haute, la plus pure. Je sais que tu jouis à ce moment-là, tes pieds se sont recroquevillés sous le poids du plaisir. Tes yeux se remplissent de larmes, l’émotion te submerge.

Silence.

Applaudissement de la foule.

La salle se lève. Tu t’accroches à mon bras pour ne rien laisser paraître.

Entracte.

Jimih_

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A night at the Opera – Coulisses

Au théâtre

Ne demandez pas non plus pourquoi le beau ténor n’enfile pas la soprano qui chante tout le temps comme si elle mouillait. Cela ne se fait guère sur la scène.


 L’opéra va débuter dans deux heures. Les nombreux mois de répétition nous ont rapprochés, ma cantatrice. Le duo amoureux que nous jouons sur scène s’est petit à petit prolongé en coulisses.

Notre métier nous a amenés à de nombreuses discussions sur la musique, les instruments et nos voix. Les notes ont mené aux vents, puis aux bois et aux cordes. Oui, toutes les sortes de cordes.

Comme tous les soirs, nous nous retrouvons dans les loges, pour effectuer nos vocalises. De nombreuses fois, un échauffement charnel a précédé nos exercices. Mais aujourd’hui, nous nous sommes réservés un moment spécial. Tu rentres dans ma loge, fermes la porte à clef.

Élégance. C’est ce qui caractérise le mieux ta tenue de ce jour. Bien entendu, c’est un concept subjectif. Mais l’objectivité peut être tellement ennuyant, encore plus dans les jeux sensuels.

D’abord les talons. Ce que je préfère, c’est le son. Ces petits claquements sont de vrais aphrodisiaques. Chaque impulsion est une caresse appuyée aux tympans, et qui filent droit vers les zones du cerveau dédiées à mon bon plaisir. Ensuite ne nous le cachons pas, les talons sont les crayons qui dessinent la silhouette la plus agréable.

En remontant, je peux voir tes jambes enveloppées par un voile transparent reflétant avec délice la lumière. Messieurs, voici ce que nous pensons tous dans ces moments-là : collants ou bas ? Ne feignons pas l’innocence. L’insondable attraction que peut me procurer la vue de jambes ceintes par ce vêtement me fascine. Encore une énigme qu’aucun prix Nobel ne pourra jamais expliquer.

La couture de ta jupe me permet de ne pas me perdre en chemin et d’admirer tes hanches. La température intérieure me permet de profiter entièrement de ton chemisier, la veste reposant sur un cintre. D’abord le bouton au-dessus de la ceinture. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. La quinte. La note qui supporte avec puissance la fondamentale. Mais je préfère les harmonies complexes, et tu décides de passer sur la quarte. J’enrichis la portée de notes sensuelles grâce à la ligne de ton décolleté. Encore un fil auquel je me raccroche, je me perds tellement facilement.

Le sillon de ton cou me mène vers ton collier. Les deux seuls autres bras que j’accepte de voir autour de toi. Et puis ton visage. Les cheveux tirés en arrière, luttant avec la gravité à l’aide de cet élastique rouge. Paradoxe physique.

-”Rapproche-toi, s’il-te-plait !” Ou comment jouer avec la distance de la politesse pour mieux t’attirer dans mes filets.

Tu ne fais alors aucun mouvement. Je le sais, tu veux entendre de nouveau ma voix te réclamer.

-”Viens vers moi, ma belle !” La familiarité possessive a repris le dessus. L’impatience est un boomerang.

Premier pas. Le spectre sonore des talons sur le sol. Je rentre en résonance. Le deuxième. Je serre le poing pour contenir la fougue qui me ronge. Le troisième. Ton parfum se diffuse dans mon cerveau. Le quatrième. Le contact, ou presque. Les quelques centimètres qui me séparent de toi vont m’obliger à me mouvoir pour te toucher. Attiser pour mieux consumer.

Les habits qui disparaissent, brûlés par le désir. Les boutons défilent comme lors d’une descente chromatique. Mais tu maîtrises mieux que moi les demi-tons. Tu me devances et écarte les pans de ma chemise de tes mains douces. Tes ongles sur ma peau font durer la note. Mais tu dois déjà me laisser reprendre la partition, afin de laisser emporter ton chemisier le long de tes épaules. J’entonne le premier couplet dans le creux de ton cou. Pendant ce temps, tu assures les chœurs en ôtant ta jupe.

Bas. Le dessin de ton porte-jarretelles à travers la jupe m’avait déjà aiguillé vers la bonne piste. Mes doigts ne peuvent s’empêcher de tester l’accordage des liens. Les lignes tracées sur tes cuisses, la légère forme de vague au niveau du point d’accroche, oui la note est parfaite.

Ton chant commence à devenir plus aigu. C’est un signe. La main à travers le tissu d’abord, pour ne pas brusquer. Je t’arrache un souffle. Tu te courbes au premier va-et-vient. Je préfère m’arrêter avant que tu ne tombes trop rapidement. De haut en bas, je respire à travers ta peau pour pouvoir retirer ce tissu qui nous sépare. Je te soulève les pieds, pour pouvoir sentir le nylon de tes jambes. Frissons de la couture.

Garder son calme est le plus difficile. Mais le récital n’est pas terminé, et il serait mal venu de ne pas suivre le programme. Nos langues et bras mêlés, je te guide doucement vers la coiffeuse. Depuis le début, je profite de cette vue. Le creux des reins qui se meut en fonction des mesures, tes fesses répondant aux différentes variations de tonalité. Nous arrivons au niveau de la chaise. Tu te retournes de toi-même, te cambrant pour m’offrir ta nuque découverte. Tes cheveux commencent alors une danse à base d’ondulations sensuelles. Les mouvements de ma bouche sont en harmonie avec les notes de ta voix. Mes doigts s’affairent à ce moment-là sur les bretelles de ton soutien-gorge. Tension encore. Mais la fin de la première partie approche, et tes pensées comme tes yeux sont focalisées sur la suite, avec l’entrée en scène du quintet. A cordes.

Deuxième acte. Le chant s’arrête quelques instants. À gauche et à droite, les violons. D’abord entourer les chevilles. Plusieurs tours qui permettent de bloquer la première extrémité de la corde. Ma dextérité ne peut provenir que de ma passion pour la guitare. Les pieds de la table font office de chevalet. Les vibrations y seront véhiculées à travers, pour amplifier les notes. Je les accorde alors à l’unisson, t’obligeant à déplacer tes jambes de part et d’autre. Un petit gémissement sort de ta bouche. Mon diapason.

Les alti, plus courts, sont placés à l’intérieur. Les bras liés au barreau de la chaise obligent à ton corps d’épouser une courbe offrant à ma vue tes deux « C ».

Je me colle à toi afin d’ouvrir le tiroir de la coiffeuse. Au fond, je trouve le parfait archet pour commencer le récital. La raideur de tes mamelons ne peut masquer ton excitation à sa vue. Ta cyprine, abondante, me sert de colophane. Les premières notes sont hésitantes. Quelques demi-tons hasardeux se font entendre. Mais très vite, je trouve la bonne tenue et la bonne pression. Le temps de mettre en place le dernier instrument, je me permets de jouer une partition solo. Je mets un point d’honneur à faire monter la tension en effleurant les zones à fortes résonances. En legato majoritairement, je m’autorise quelques staccati sur la corde aiguë. Les vibrations de ton corps me poussent à user du pizzicato.

Mais déjà, le dernier instrument doit prendre place.

Au centre, le violoncelle. La corde la plus grave. Le pilier du quintet. Ta queue de cheval va accueillir la première extrémité de la corde. Du Do, je passe par le Ré de tes fesses pour guider le lien. A Mi-chemin, je passe Facilement entre tes lèvres et Sollicite tes sens. La septième note, Si proche de l’octave. J’attache la deuxième extrémité sous la table. La tension, toujours.

Cette fois, c’est toi qui prends soin de régler l’accordage. D’abord en bougeant le bas de tes reins. Les notes sont de plus en plus hautes et fortes. Mais tu n’en es point satisfaite, et ajustes à l’aide de quelques mouvements bien sentis de la tête.

L’apparition de la baguette de chef d’orchestre entraîne le silence. Le vrai concert va débuter. Bien entendu tu assures les premières notes avec maestria. Plus aiguës que d’habitude, tes vocalises ne peuvent feindre l’état d’excitation. Droit dans les yeux reflétés par le miroir, tu me déclares :

“Le ténor se doit de prendre la soprano dans de telles circonstances. Nous ne sommes point sur scène.”

La corde centrale retirée, je peux laisser exprimer mon ardeur. Ta position offre des possibilités infinies, les modes s’enchaînant sans fin.

Je tente de reprendre la conduction de l’orchestre. Sans répétition, tu arrives à devancer mes indications. Tu m’influences également, en modifiant le tempo à ta guise. Le moderato ne te suffisait pas, nous passons à l’allegro et au presto.

Le miroir reflète la beauté de ton plaisir. Ta poitrine capte les vibrations physiques et émotionnelles de la pièce. Ta bouche tantôt se tord sous les morsures, tantôt s’ouvre sous l’irrépressible montée de l’extase. Tes doigts s’agrippent de plus en plus fort aux barreaux de la chaise, tes ongles griffent le bois. Je relâche tes cheveux pour les laisser prendre leur envol.

Dans la musique, l’improvisation n’a pas sa place. Laissons donc place au ternaire pour cette fois-ci.

“Encore !” Ce seront mes derniers mots. Nous sommes emportés par les notes indiennes de M. Coltrane. L’alto poussait dans ces derniers retranchements, pour en tirer sa quintessence. Je ne peux m’empêcher de m’effondrer sur ton corps nu. Tu me supplies de te libérer. Non pas pour t’enfuir, mais pour nous retrouver dans les bras l’un de l’autre. Les cordes encore présentes sur ton corps, nous tombons dans le canapé de la loge, pour nous embrasser comme si nous étions partis depuis trop longtemps.

Je passe mes doigts dans les boucles de tes cheveux, toujours vibrantes.

Le régisseur tape à la porte de la loge.

“Spectacle dans une demi-heure”.

Les premiers spectateurs arrivent. Ce soir, la représentation aura une saveur particulière.

Jimih_

Confusion

À table

Si vous branlez votre voisin dans sa serviette, faites-le discrètement que nul ne s’en aperçoive.


 Note : ce texte est un exercice de style. Le sexe des deux protagonistes principaux n’est pas indiqué. Faites votre choix à votre guise, avant le début de la lecture, et laissez-vous emporter.

Le samedi, c’est jour de mariage. Comment refuser à sa meilleure amie ? “Viens, il y aura plein de monde”, “Ma famille est super sympathique”, … Ce ne sont pas ses arguments qui ont emporté la décision. Si j’ai accepté, ce n’est que pour elle. Trop de choses vécues ensemble, je ne vais pas manquer ce dernier jour de liberté. Les amours, les déceptions, les découvertes… Je te dois bien ça.

Le “grand” jour est arrivé. Tu m’as sauté au cou à mon arrivée. Comme depuis le début de notre amitié. Je me retourne pour te féliciter et apprécier ta magnifique robe. Je ne me faisais guère de souci sur tes goûts. Mais le tourbillon de la cérémonie t’avait déjà emportée au loin.

Cette journée est pleine d’échanges : vœux, alliances, baisers des jeunes mariés, joie des familles et amis… Mais également des échanges de regards, depuis le départ vers le buffet. D’abord timides. Puis plus appuyés, avec le sourire. Quelquefois gênés. Puis la fin d’après-midi et les premiers cocktails font leur effet. Échanges de paroles :

– Comment tu as trouvé la cérémonie ?

– Comme les autres ?

– Je connais la mariée

– Et moi le marié

Banalités. Puis généralités. Suivis de particularités. Travail, loisirs, passions…

L’air du début de soirée se rafraîchit, les fleurs se ferment mais les festivités ne font que commencer…

Placement libre. Bien entendu, ceci restera un souhait sans génie de la lampe, nous sommes dans un mariage. Le plan de table me permet de partager la compagnie de la famille de la mariée. Toi, tu t’accroches à l’autre branche de l’arbre généalogique.

Ce repas prend alors des airs de réunion familiale : les verres sont reliés au réseau d’alcool courant, les timides se taisent, les grandes gueules larsennent. Et surtout le fameux personnage, alliant ses réflexions politiques éclairées, tel le commentateur de chaînes de télévision d’information continue, à ses diatribes anti-tout, surtout ce qui lui est différent. Le DJ pendant ce temps passe toutes ces chansons françaises qu’il n’aurait jamais fallu entendre. Différents scenarii, à base de CD coupants, de câbles serrés fortement et de boite crânienne placée dans un des amplis du grand “Spinal Tap” m’apaisent l’esprit.

– Et sinon, sérieusement, c’est un problème tous ces jeunes, hein ?, la main posée sur mon épaule. Malheureusement, le son peut se déplacer malgré la vapeur d’alcool sortant de sa bouche.

-Je te vomis dessus, puis je te fais rejoindre ce DJ de mes deux dans le mosh-pit, en espérant que cette phrase n’atteigne jamais mes cordes vocales.

Heureusement tes regards ne m’auront pas quitté de la soirée. Comme nos différents gestes, reliant nos pensées les plus sadiques d’éradication du responsable du fond sonore ignoble.

“Début de soirée”. Mais oui, c’est ça. Le top départ. Tout le monde se lève de table pour danser. Non, pas tout le monde, seul un village d’irréductibles … La suite est connue.

Tu te lèves pour me rejoindre. On peut enfin se reparler. Malgré la bande-son de l’enfer, le courant passe. Une main commence à se poser sur ma cuisse tout en retirant la serviette posée pour le repas. La chaleur se diffuse alors à travers le textile. Notre conversation continue, mais une autre débute sous la nappe.

Les présentations de rigueur. Le rapprochement graduel. Le premier contact. J’ai alors du mal à me concentrer sur les deux discussions. Tu choisis de ne rien laisser paraître et continue de parler. Pendant ce temps, ta main experte est passée outre mes vêtements. Tu sens que ton monologue manuel a été écouté. Mon sexe est emporté par la vague. D’abord quelques doigts. Un doux va-et-vient. Tu ne suis pas le rythme de la musique diffusée, par bon goût. Les images désordonnées des corps et des lumières bon marché deviennent plus floues à mesure que la pression s’accentue. Les paupières se ferment plus longtemps qu’elles ne s’ouvrent. Le rythme qui s’accélère. Les liquides présents dans les verres et les bouteilles commencent à frémir. Tu arrives toujours à mener les deux conversations de front, sans jamais faiblir. J’ai arrêté de suivre depuis longtemps la première, ce qui semble tout de même te convenir, au vu du sourire que tu affiches. Tu accélères encore le rythme, ma main fébrile posée sur ton bras comme seule réponse. Tu sais que le débat est clos, tu as gagné à plate couture, je n’arrive pas à assurer une répartie convenable. Je ne peux que retenir quelques halètements. Les vagues formées par la nappe au-dessus de nos cuisses ne cessent de grandir, je m’agrippe à la table pour ne pas tanguer. Un dernier regard vers ton visage et je me laisse emporter par le courant. Les pieds d’abord, rapidement suivis par le bas-ventre, pour continuer le long de la colonne jusqu’à atteindre le haut de la tête. Je me réveille alors sur une île, à tes côtés, sans peur. Sourires.

À ce moment, des bras familiers m’entourent, et des lèvres se posent sur mes joues. La jeune mariée n’a rien perdu de son espièglerie que j’affectionne.

– Tout se passe bien pour toi. Je suis contente que tu souries autant.

-Je ne peux que te remercier de m’avoir invit… Trop tard, le manège de la soirée t’emporte vers d’autres tablées.

Tu retires ta main et la serviette délicatement. Tu reposes le rectangle de tissu sur la table, en la repliant pour ne rien laisser transparaître de notre croisière. J’ai une envie folle de t’embrasser, la foule n’existe plus. Mais l’annonce au micro du dessert résonne à travers la salle. Les invités commencent à refluer vers les tables. Tu suis alors la migration. Une tape sur l’épaule, peu familière celle-ci, et relativement lourde :

– Ben alors, on n’a pas profité de ce moment pour danser un peu ? Y’avait de la sacrée musique quand même.

– Merci, mais j’ai mal aux pieds. Mes chaussures sont neuves. Je tiens à m’excuser, mais je vais devoir rentrer.

Un coup d’œil à la table de la jeune mariée. Elle est tellement affairée dans l’organisation de sa journée, je ne vais pas risquer de l’embêter. Un autre coup d’œil, mais tu as déjà disparu. Pourtant ce n’était pas un rêve. Me dirigeant vers la sortie, je me remémore cet instant hors du temps et de l’espace.

« Qu’est-ce qu’il peut faire chaud dans cette salle ? Je suis en sueur. Tiens, une serviette neuve.”

Jimih_

À la maison

Ne vous mettez pas au balcon pour cracher sur les passants : surtout si vous avez du foutre dans la bouche.


 « Agenouille-toi ! »

Un matin comme un autre. Ces matins où le temps ne compte pas. Non, tu le maîtrises, tu le rythmes à ta propre cadence. Tu décides.

”Comment vais-je m’habiller ?”

Petit sourire en coin, regards qui se croisent.

”Tu penses à cette petite robe, non ?”

Quand les traits de ton visage sont plus bruyants que ta propre langue.

La diffraction de la lumière est tellement plus agréable à contempler sur la peau nue, les longueurs d’ondes qui se séparent le long des cuisses et des hanches …

– Je ne sais pas quoi mettre comme dessous ?

– Le Vent ?

– …

Même avec l’habitude, tu arrives toujours à te trouver un peu bête quand tu essaies d’être drôle. Ça ne dure jamais longtemps.

13h du matin, la faim et la chaleur nous poussent à sortir pour chercher de quoi alimenter nos cerveaux.

Tu ne le sais peut-être pas, mais j’adore regarder tes cheveux au soleil. Il y a la couleur et les mouvements oui. Mais il y a les reflets aussi. Ces couleurs qui n’apparaissent que dans certaines conditions. Comme les étoiles filantes. Si ton esprit n’est pas prêt à accueillir ces nuances, tu ne les apercevras jamais. Tant pis pour toi. Mais moi je veux les capter. Je veux les voir, les ressentir, les attraper. Alors je te regarde, l’air de rien.

Ces nouvelles chaussures te donnaient une démarche hésitante aujourd’hui. Comme si la distance entre chaque pas était réduite. Catalyseur de l’imaginaire. Et puis on s’assied à cette terrasse de restaurant. On commande, on boit, on mange, on se sourit. Tes jambes au soleil qui se balancent sur ta rythmique naturelle. J’essaie de trouver une mélodie d’accompagnement, mais c’est la ligne de basse qui m’emplit l’esprit. Plutôt funky d’ailleurs cette ligne. Funkadelic, Bootsy Collins. Relativement cul, on peut le dire. « Free your mind and,… « , and, and, … On se lève, tu passes tes mains au bas de ta robe, tu te redresses et nous partons.

Tu prends ma main, placée innocemment sur tes hanches. Tu me dis alors :

– Une dame doit être convenablement accompagnée dans la rue. On ne sait quel danger pourrait surgir.

Tu la déplaces alors en direction de tes fesses. Je ne me fais pas prier. Le galbe agréable sous la paume, le sillon les séparant, le chemin de l’élasti… Non pas de chemin.

– Parler en public des vêtements intimes des dames est complètement prohibé. Surtout si elle n’en porte pas.

Silence et mes yeux écarquillés.

Le rose aux joues, la démarche hésitante, le regard sensuel, le déhanché timide. Autant d’indices évidents masqués par l’inattendu.

Ma main devient plus sûre d’elle. J’ai envie de passer outre ce tissu. Dans ma tête, je suis passé à l’acte. Dans les faits, les pouvoirs de l’impatience sur l’imagination sont multipliés. Attendre pour mieux en profiter. Attendre pour mieux partager. Attendre pour mieux fantasmer. Attendre pour mieux … Tes yeux descendent vers les boutons fermant mon jean. Oui, tu le sais bien, cette bosse mêle le plaisir à la douleur. La contrainte te fait encore plus sourire. Je pose mes lèvres sur ton cou, celui-ci s’offre sans peur. Le rythme de ton souffle varie. Je bois ta libido à travers la peau.

– Tu m’excites

– Je le sais. Mais une jeune femme ne devrait pas parler de ces choses en public.

– Je mouille.

– Cette expression n’est pas non plus appropriée.

– Je suis trempée.

La pédagogie est un art.

Arrivé à la porte de l’immeuble, le voisin nous -”te” devrais-je corriger – salue. Non tu ne sais pas ce que je sais et tu ne le sauras jamais. Même sortant du four, la vengeance peut être succulente. Escaliers ou ascenseur ? Je les avale deux par deux tous les jours. Tu préfères ne pas être bloquée dans cette espace confiné. Donc bien entendu, escaliers. Mais ta main sur mon torse me demande de patienter, puis se détache pendant quelques marches.

« Un homme doit précéder les dames montant un escalier, afin de ne pas la troubler par son regard pervers. »

Je tiens à suivre avec assiduité ce cours pratique. J’ai besoin que ma mémoire visuelle soit stimulée. Chaque palier est un délice. Le haut de tes cuisses qui se dévoile de plus en plus. Le seul effet de perspective ne peut expliquer le phénomène. Ta deuxième main posée sur ta robe ajoute à la confusion de mon cerveau. Oui, tu m’ordonnes par un mouvement d’index de te suivre, je m’exécute. Tes ordres sont bien reçus : j’écoute et observe attentivement. Je n’aurai jamais autant apprécié vivre au troisième étage que ce jour-là. Ah, si Escher était venu construire cet escalier. Saleté de géométrie euclidienne.

Tu m’attends à la porte. Les clés sont dans ton sac, tu me le tends alors. Dans ma tête, Amiral Ackbar qui me prévient du danger imminent. Tant pis, je veux tomber dans ce piège. Oui, l’infini insondable du sac. Pas de problème. J’ouvre ton sac, et …

”Mais, il est extrêmement malpoli de fouiller dans le sac des dames. Tu ne sais pas ce que tu pourrais trouver dedans.”

Ta main commencent commence à libérer la pression des boutons. Sur ce coup-là, je n’invoquerai pas l’anarchie du contenu de ton sac afin d’expliquer mon incapacité à trouver les clés. Non, comme d’habitude, mon esprit se refuse à se concentrer sur cette tâche. Il est tellement plus affairé à décrypter le mouvement de tes mains, qui cherchent à libérer cette contrainte vestimentaire. Cette poche, je l’aurai bien fouillée trois fois de suite, elle ne contient pas de clés. Le va-et-vient de tes doigts sur ma verge. L’autre non plus. Ah c’est quoi ça ? Un porte-clés ? Ta main qui se resserre. Ah c’est quoi ça ? Un truc ? Un machin, là ? Tes bracelets qui s’entrechoquent de plus en plus vite. Ta main gauche commence elle aussi à s’ébranler, dans un bruit métallique familier. Tu avais sorti le trousseau avant, tu as gagné.

”J’aime ta naïveté, tu sais. J’espère que tu auras bien retenu cette leçon.”

La porte s’ouvre, et se referme sous le poids de nos corps. Le sac qui tombe, la pudeur aussi. Malgré le bruit, les langues se lient. Ma main peut enfin toucher les parties de ton corps qui m’étaient interdites. D’abord ton cou, pour mieux t’attraper. Tes épaules, pour mieux te saisir. Tes hanches, pour mieux remonter ta robe, et dévoiler tes fesses et ton sexe. Ta main droite est toujours affairée à me branler, et ta main gauche est passée sous mon t-shirt. Mes mamelons défaillent sous le pincement de ton index et majeur. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls.

Une de mes mains n’en peut plus d’attendre le verdict. Elle veut juger sur pièce, maintenant. Justice expéditive, mais justice quand même. La sentence est sans appel. Tes lèvres s’ouvrent au passage de mes doigts. Non, tu n’es pas trempée, tu débordes. Tu me conseilles alors :

“Si une dame vous donne des signes de détresse, on se doit de répondre le plus prestement à l’urgence”.

J’entreprends de mettre en pratique quelques gestes de premiers secours : d’abord vérifier ton pouls, ma bouche contre ton cou. Oui il bat, fort. Je t’entends respirer, ou haleter je ne sais plus. Je décide tout de même de réguler ta ventilation, ma langue sur la tienne. Tu décides de t’accrocher à moi, d’abord en agrippant mon torse. Puis une jambe s’enroule. Ma queue en érection se retrouve à la place de mes doigts. Tes frottements se synchronisent à ta rythmique naturelle. Tu te rappelles Funkadelic ? “Standing on the verge of getting it on” ? Voilà.

Mes vêtements retirés, je te porte jusque dans le salon. L’une de nos fenêtres est à moitié ouverte. Mais le soleil est dirigé vers l’immeuble d’en face et tous leurs volets sont tirés. La pudeur se vaporise par cette chaleur.

“Il est totalement inapproprié de laisser à la vue de ses voisins sa dame en délicate posture” m’annonces-tu.

Tu descends alors de mes bras, t’approches de la fenêtre, et places tes mains sur le rebord, tout en ayant préalablement relevé ta jupe au-dessus de tes hanches.

“Quand une dame vous montre son cul, n’omettez pas de satisfaire aussi son con.”

Tu te branles et ton bassin devient le métronome. Le Funk pour attiser. Le Rock pour agir. Les Pierres anglaises dans la tête. Tu dois bouger. Ton corps est mon croisement et je veux moi aussi apprendre la technique du diable. Je m’approche et je chancelle. J’ai besoin d’un abri. Et tu me le donnes. Mes mains se plaquent sur tes hanches pour nous guider. J’ai besoin de plus. Et tu me le fais comprendre par tes mouvements synchrones. Tu veux être éprise, tu veux être prise. Mes doigts vont d’abord se diriger vers les fines bretelles de ta robe. Jouer avec les cordes, ça me connaît. J’attaque maintenant les cordes graves de ton soutien-gorge. Ton sein me remplit la paume, comme un riff de Keith remplit l’oreille. C’est entêtant, ça swingue, t’en redemandes. Et on attaque alors le solo. C’est moi qui lance les hostilités. J’assure la rythmique, c’est ton moment. Commencer doucement. Ta main qui devient beaucoup plus vigoureuse dans ses mouvements. Les premières notes, rondes blanches. Ton mamelon enserré par mes doigts, ton corps se courbe. La tension. Tu joues maintenant avec le tempo, les croches s’activent. Tu descends les gammes. Ma rythmique se durcit, et tu le sens. On approche de l’apogée, et ce sont tes jambes qui commencent à chanceler maintenant. La note finale, la plus belle. Et pourtant, tu t’es retenue en te mordant les lèvres, en tournant ta tête vers moi, pour ne pas éveiller les soupçons dans la rue en dessous. Je serai le seul à avoir profité de ce chef-d’œuvre.

Ta main ralentit petit à petit, tes jambes essaient de nouveau de te soutenir. Tu me regardes, ton visage apaisé et souriant. Tes cheveux que tu relèves, eux aussi ont l’air tellement relâchés. La petite mort est en réalité une résurrection. Pour le corps, pour le cerveau. Tu ne veux pas mourir, tu veux vivre de nouveau.

Tu te relèves, doucement, et tu retires ma queue avec douceur. Tu te retournes alors pour m’embrasser. Les bras autour de mon cou, je déguste tes lèvres et ta langue.

“Agenouille-toi !”. Entre l’ordre et la supplique. Tes mains glissant le long de mon dos, tes genoux se pliant pour te mettre à hauteur. Le frôlement de ta robe sur ta peau, le bruit métallique de la boucle de ceinture. Ta bouche ne se fait pas prier, tu commences le sermon. Le début est sans pitié, il faut marquer les esprits. Tu manies la langue avec dextérité afin que le message passe. Aspiré par le verbe, je me laisse emporter. Tu me retiens pour que je ne tombe pas.

Tu te relèves alors, ton bras placé entre tes cuisses. Tes lèvres retiennent mon émotion. Te tournant vers la fenêtre, je te questionne :

– Tu ne vas tout de même cracher sur les passants ? Ce serait très mal venu.

Tu me regardes alors, me souris. Et malicieusement, tu me réponds :

– Pourquoi ferais-je cela ? Je suis une jeune femme bien élevée, non ?

Jimih_