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Oh Seigneur !

Le conseil du Manuel de civilité vous sera donné à la fin de la nouvelle.

Notre Père qui êtes aux cieux, quand donc m’écouterez-vous ? Vous qui avez mis enceinte la Marie par l’effet de votre esprit, je vous en supplie, accordez à une pauvre pénitente cette demande infime.

Je vous en prie, Seigneur, j’ai été patiente, j’ai été persévérante. J’ai goûté à tous les sexes que vous avez mis sur ma route, j’y ai goûté tantôt avec avidité, tantôt avec la plus grande retenue, j’y ai mis du cœur ou de l’ambition, j’ai avalé ou recraché leur semence selon mes humeurs, pour comprendre, Seigneur, pour devenir meilleure amante de jour en jour, tendre à la perfection, pour offrir à celui qui m’épousera la meilleure des femmes, et la maîtresse la plus talentueuse qui soit.

Oh, oui, Seigneur, je le reconnais, je manque d’humilité, et même, je pèche par ambition… Et pour cela je vous demande pardon, Seigneur, soyez clément envers une jeune brebis égarée. Le mariage, il n’y a que ça pour m’élever un peu de ce rang de manante, moi, la petite bonne discrète. Ma mère était bonne, monsieur, ma grand-mère avant elle était femme de chambre. Moi je veux être une femme bonne en chambre, vous comprenez ?

Je veux que le maître qui m’a souvent culbutée, et vaillamment, pour m’apprendre les bonnes manières, m’offre en mariage à un jouvenceau que je pourrai éblouir, éduquer à mon goût et attacher à mon con. Et surtout, Seigneur, je voudrais que ce jouvenceau ait le sexe graniteux, la pine douce, la vaillance de la jeunesse mais l’endurance des vieux, la curiosité des innocents et la délicate perversion de ceux qui savent…. Oh Seigneur, donnez-moi la grâce, donnez-moi un sexe à combler, je le garderai tout au fond de moi, les nuits de froidure. Et les nuits d’été, je vous promets de l’emmener prendre le frais, visitant les forêts et sous-bois, cueillant mon eau sur les écorces vertes, fouillant mes chairs au grand air. Je ne m’opposerai jamais, mon Dieu, et même j’offrirai volontiers à celui qui me prendra sous son aile, sein et bouche, cul et con.

Ma condition est modeste, Seigneur, pensez-vous qu’il y ait un homme, un seul, que mes savoirs des choses du sexe puissent combler simplement ? Il faudra qu’il soit rêveur ou riche, que nous puissions à nuit ne point dormir, et à jour ne point faillir. J’ai l’entraînement, mon Dieu, pour tenir les longues saisons : lorsque le maître recevait, il m’arrivait de rendre hommage à ses invités nombre d’heures, et parfois même plusieurs à la fois. Le maître disait que mon talent de la luxure n’a d’égal que ma foi aveugle en vous, et que si je suis ainsi faite, c’est que vous l’avez voulu.

Cette fois, je pense que je suis prête, Seigneur, et je vous demande, je vous supplie de m’aider. Je crains que mon Maître ne soit mort avant mes épousailles, et que je sois à tout jamais condamnée au couvent. Non pas que les femmes ne me goûtent point, ma Mie la cuisinière a une langue si experte…. Mais je ne peux, Seigneur, vivre sans un sexe viril à honorer, sans être visitée, excitée, transpercée, sans goûter à la sève d’un mâle aimé, que j’aurais nourri de mes propres coulées, sans cette jouissance à râler d’émoi, pleurer et rire dans le même temps, quand les sens s’affolent, quand le corps frôle le trépas.

Voyez Seigneur comme je suis dans le besoin, comme il faut que vous m’aidiez…. Luxure et vanité, j’accumule les péchés. Et pourtant, comme je rendrais grâce à votre Saint Esprit, et à votre corps tout autant, si vous exauciez cette prière.

S’il vous plaît, Seigneur, faites que je ne manque jamais, ni de pine, ni de doigts, ni de bouche, oh quel effroi ! Seigneur, accordez-moi les mille talents, ceux qui élèvent les corps un peu plus vers vos cieux.

Mais j’entends arriver Monsieur le Curé, Seigneur, il cherche une bonne m’a-t-on dit…. Le voici près de moi, agenouillé, silencieux. Foutredieu ! Sa bure le trahit. Entre ses cuisses, sous mes yeux, le plus magnifique des braquemarts. De ceux qu’on aime sans épousailles, même pour une heure, même sans jouir. Et il relève sa robe, et déjà je vois luire le gland, appétissante larme. Oh Seigneur !

Je poursuivrai mes prières, Seigneur, les mains jointes sur ce vit, honorant votre grandeur et votre miséricorde. Aveuglée par la vanité, j’ai cru que seul le mariage pourrait me sauver, alors qu’il suffisait de me tourner vers Monsieur le Curé.

Oh Merci, merci merci mon Dieu…

Nora Gaspard


Inspiré par :

N’oubliez pas de dire « s’il vous plaît » quand vous demandez une pine, ou de répondre « merci » quand on vous la donne.

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